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Jeudi 10 août 2006 4 10 /08 /2006 17:28
Chaque été, aux alentours de la mi-août, la terre traverse un nuage de poussières abandonné dans l'espace par la comète Swift-Tuttle : les Perséides, dont la découverte est attribuée à Quételet, le fondateur de l'observatoire de Bruxelles.

Ces poussières - de la taille d'un grain de sable - s'enflamment au contact de l'atmosphère, et donnent naissance au phénomène des étoiles filantes.

Célèbres et / parce que spectaculaires, la tradition désigne les Perséides sous le vocable de : "Larmes de Saint Laurent". Cette année, l'apothéose de l'essaim (estimée à 60 phénomènes visibles/heure) aura lieu les 11 et 12 août. Un spectacle gratuit à ne pas manquer, pourvu que le ciel soit dégagé.


Pourquoi je vous parle de ça ? Outre que tout ce qui se passe "là-haut" (tout est relatif) m'intéresse, parce que c'est une conversation avec un astronome qui m'a naguère réconcilié avec - certains - scientifiques.

En bref, fasciné par l'observation d'une "boule de feu" comme je n'en verrai peut-être jamais plus dans le ciel nocturne, et bien décidé d'en savoir plus à son sujet, je m'étais adressé à l'observatoire d'Uccle. Mes méditations rêveuses, pensais-je, allaient en prendre un coup. Mais tant pis : il me fallait savoir, précisément, de quel phénomène j'avais été témoin.

Et la, surprise ! Outre qu'il m'apprend que cette "boule de feu" provient de l'essaim des Virginides - ce qui est déjà une poésie en soi - observé sous un angle particulièrement favorable, voila mon astronome dûment patenté emporté par l'élan. Et de me décrire, avec autant de simplicité que de sensibilité, comètes, essaims et autres poussières d'étoiles dans un contexte d'universalité qui n'a pas été sans percuter du côté du plexus.

Bref, un scientifique avait réussi à me faire passer un petit bout de sa connaissance, de sa passion, sans me les briser menu au bout de vingt secondes. Un miracle, pensais-je, traumatisé encore par des heures d'hébétude torturée face aux équations et autres vacharderies matheuses menant droit aux vacances fichues, avec crochet (du gauche) par le commentaire assassin dans le petit rectangle ad hoc du bulletin scolaire.

Voire. Car depuis, il m'est apparu que beaucoup de scientifiques - mais ne vaudrait-il pas mieux, en l'occurrence, parler de chercheurs - savaient, et voulaient, partager avec passion et simplicité. Ça va relativement loin, puisque l'occasion m'a été donnée ensuite, par le biais d'un d'entre eux, d'aborder aux rivages quantiques sans m'enfuir en hurlant. Etonnant, non ? Eût dit le Bienheureux Desproges.

Accessoirement, il m'est revenu que nombre de ces chercheurs rencontraient des difficultés similaires à celles des bardes et autres individus en quête d'absolu, en matière de vie courante. Voila qui rassure, à l'heure de remplir formulaires et autres servitudes dévoreuses d'énergie : au tribunal des "mais comment est-il possible que...", il y a du beau monde sur le banc des accusés.

Soit. Qu'en déduire ? Qu'en cette matière comme en toute autre, les uns sont partageurs, d'autres pas. Que ces derniers sont rarement des flèches, tant humainement qu'en leur domaine de connaissance ; même si je veux bien entendre que tous ne sont pas égaux devant la communication, et que tout ne doit pas être délivré à tous n'importe comment et n'importe quand.

Mais tant il est vrai que c'est de l'ignorance, et de l'ignorance seulement, que l'être humain doit être délivré, cette parfois nécessaire prudence n'excusera jamais la rétention hautaine dont certains font preuve, abrités par l'aridité des jargons.

Manière, sans doute, de conserver cette forme de pouvoir que confère le savoir. Et tout pouvoir rend fou, et tout pouvoir corrompt, si l'on est dupe.

Mon astronome, lui, se foutait de tout ça : il voulait partager. Ce faisant, il m'en a sans doute appris autant sur moi-même que sur les étoiles. Qu'il en soit remercié, et  ses semblables avec lui.


Par Patrick Germain - Publié dans : Déférences
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Mercredi 9 août 2006 3 09 /08 /2006 12:53
Je me suis souvent demandé (outre : "pourquoi les roses de l'été étaient arrachées par milliers...") quel texte, de quel auteur, j'emporterais sur une île déserte. Question idiote en soi, me disais-je alors fort à propos, puisque nous sommes tous des îles désertes voguant plus ou moins de concert sur le magma du temps qui passe.

Il s'agit donc, CQFD, de savoir quel texte m'imprègne le plus, ici et maintenant, en déduisais-je dans un élan de logique qui m’impressionne encore.

Or donc, si c'était un bouquin ? Sans nul doute serait-ce "Le Hussard sur le toit" (de Jean Giono, oui). Et je jouerais mon joker, feintant comme une bête, en citant "Jonathan Livingston le Goéland" pour livre de chevet. Ce qui n'est pas la même chose, convenez-en,  en empruntant les chemins de ma mauvaise foi bonnecausale. De la poésie, je retiendrais l'oeuvre de Paul Eluard. Dans la Pléiade, bien entendu.

Mais s'il ne m'était donné de n'emporter qu'un texte, un seul, ce serait celui-ci :

La mémoire et la mer

"La marée, je l'ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur,
de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini...
Quand la mer bergère m'appelle"

Ça décoiffe, n'est-il pas ? Rien à jeter. Pas une ligne, un mot, une rime. Rien. Alors, "art mineur" que la chanson ? Souvent, sans doute... Car c'est bien d'un texte de Léo Ferré, avec lequel je vous laisse en tête à tête, dont il s'agit.


Par Patrick Germain - Publié dans : Déférences
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Dimanche 6 août 2006 7 06 /08 /2006 13:23

Nos yeux voient-ils ?
Je ne connais pas de frontière entre la brume et mes argiles, entre le soleil et la brume, entre le soleil et les limbes de l'univers qui va dansant, entre l'univers et l'Ailleurs qui est ici et maintenant, juste à côté de mes argiles qui vont remontant à la source.
Nos yeux voient-ils ?


Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques
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Jeudi 3 août 2006 4 03 /08 /2006 12:48
Je parlerai l’Ardenne comme on dit une femme, toute en contrastes, toute en pleins et déliés, toute en colères proches de leur apaisement, toute en secrets cachés au profond des béances d’une terre où le blé sur le schiste levé est à chaque moisson un miracle de plus.

Je parlerai l’Ardenne comme l’on dit l’essence, les chemins escarpés qui montent vers le ciel où derrière les nuages lourds venus d’Armor frèrent les solitudes en quête d’infini.

Je parlerai l’Ardenne par la plaie dans le sol, profonde, où la rivière de rochers en rochers éclate ses écumes, bondit et tourbillonne, jaillit à l’infini comme coule la Voie.

Arbres en cathédrales, vouivre de Calestienne, et temples de silence aux fanges fauvissant ; trilles dans le buisson d’aubépine lancées par l’oiseau qui se fout du jour qu’il peut bien être ; froissements de la vie sur les feuilles tombées : hermine, renardeau, chevreuil, à leurs manières, disent que rien n’est rien si le Tout n’est en tout, le tout en l’univers et l’univers en nous.

Je parlerai l’Ardenne comme on dit une vie, une respiration dans la fuite du temps, qui était et sera au-delà du passant.


 
Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques - Communauté : Les blogs régionalistes
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Jeudi 3 août 2006 4 03 /08 /2006 10:44
Par Patrick Germain - Publié dans : Photos
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