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Bardiques

Jeudi 19 juillet 2007 4 19 /07 /2007 13:39

Froidmont est sous la boue. C'était prévisible, mais va faire admettre à ces ingénieurs de Bruxelles ou de Namur qu'ici c'est ici. Que l'Ardenne c'est pas le Plat Pays.

En attendant, la boue a tout ravagé par la vallée du Noir Ru, cette nuit.

À quatre, qu'ils ont débarqué ! Quatre pingouins en costard, pas contents d'être dérangés pendant les vacances par ces connards d'Ardennais qui avaient encore rêvé. Là, ça fait trois heures qu'ils courent comme des poules sans tête dans tout le village, avec le bourgmestre et le commandant des pompiers à leur cul : « pas possible, pas possible... » « événement ponctuel... » « pas possible, pas normal... » « vous comprenez, Monsieur le bourgmestre, les circonstances... » « l'érosion ».

Tiens, ça va encore être la faute des cultos, tu vas voir ! Irresponsables, les cultos ! Pas comme les petits génies qui ont asphalté quinze hectares de zone industrielle sur les Hauts de Froidmont, et tout prévu ! Cinq ans que les poissons se promènent le ventre en l'air à chaque coup de chaleur. Cinq ans que les caves sont inondées à chaque grosse pluie, et trois que le Moulin Masson est à vendre. Mais ils avaient sans doute aussi prévu que le problème se réglerait tout seul : le moulin est noyé dans deux mètres de boue, et le pignon amont sur sa panse ! Si le blanc bec à la farde Atoma répète encore une fois que : «  ce n'est pas possible », je sens que je vais lui mettre une grande main sur la gueule !

En attendant, on va se retrouver en « zone de calamités ». Ce qui veut dire qu'on va tout devoir relever à nos frais, et voir ensuite. Le grand Michaux pleure devant sa maison : « ensuite », pour lui, c'est tout vu. Deux ans qu'il est au chômage et se fait crever à faire trente-six boulots en noir pour payer les traites. Là, il est foutu. Mais ça, on s'en branle, au bureau d'études Mes Couilles, et à la dix-huitième Sous-direction des Aménagements de Mes Fesses ! Bien le diable s'il n'y a pas quelqu'un pour aller gratter dans ses comptes, en plus, au grand Michaux !

Le vieux Noirhomme l'avait bien dit : « Ils prendront tous les défauts du capitalisme et tous ceux du communisme pour nous en faire un paquet cadeau ! ». Bingo !

Maillard, lui, c'est plus saignant : depuis ce matin, il gueule qu'il va ressortir les armes du parachutage de juillet 44 de leur graisse, et aller rendre visite au Ministre. Si j'étais le corniaud à côté du blanc bec à la farde Atoma, j'arrêterais de sourire bêtement : l'an dernier, la chasse du directeur de la Compagnie Fermière des Eaux a été vidée, et trois hectares de belle futaie pourris par des éclats de grenades. Nous, on sait pas qui. Mais on se doute un peu du pourquoi : ne jamais surenchérir sur quelqu'un qui veut un terrain, surtout quand on n'est pas du coin !

Tu vois, c'est chaud, ici. Et si tu y ajoutes un paquet de bonnes femmes et de mômes hagards, crottés de la tête aux pieds, en train d'essayer de sauver ce qu'ils peuvent, tu devines que ça risque de ne pas refroidir avant un bout de temps.

Et moi ? Bah, moi, tu sais... Là-dessus, j'y vais : il me faut aller porter de la térébenthine à quelqu'un du village...


Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques
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Jeudi 2 août 2007 4 02 /08 /2007 17:52

Il en ira de nous comme vont aux fontaines les embruns océans, les pluies de mille années :

usez si vous voulez de tous les artifices, tandis que je dirai notre histoire fanée,
mentons chacun son tour à qui le veut bien croire et surtout mentons nous puisqu'il faut se damner ;
mentons avec talent - la vie en parenthèses peut préserver les fruits des mensonges bien nés -
avant que sur la mousse des fontaines ruissellent les embruns océans par le temps ramenés.



Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques
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Dimanche 2 décembre 2007 7 02 /12 /2007 18:17
La bruine fait des rides sur l'asphalte rouillée qui se perdra bientôt dans la terre des champs. Faut-il parler de terre : la boue envahit tout. Au-delà des pâtures la forêt se balance, émeraude incertaine que le vent en rafales malmène sans répit dans la clarté rugueuse où des nuages fous caracolent sans but, silhouettes fugaces aussitôt dispersées.

Il rôde des fantômes et des plaintes marines arrachées aux abysses là-bas, en outre-terre, font vibrer les houppiers comme autant d'instruments livrés à la démence. Mille béliers furieux accourus de Fraiture piétinent le pays, martyrisent l'espace qu'un pylône vaincu rend bientôt à la nuit sous un dernier assaut.

Là j'aurais murmuré ton nom dans la pénombre. Là je reste et j'écoute en n'attendant personne.

 
Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques - Communauté : Une Ardenne, des terroirs
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Jeudi 6 décembre 2007 4 06 /12 /2007 21:20

Saint-Nicolas avait posé ce matin-la l'ombre veuve d'une enfance dans vos bottines. Et vous chaussiez trop grand pour ne pas y penser. Le temps avait passé sans trop vous prévenir ; le temps était passé.

Sans doute. Sans doute était-ce mieux. Sans doute. Sans doute ou bien si peu.

Vous marchiez dans la bruine, et je ne suis pas sur que vous ayez pleuré.


Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques
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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /2008 14:59

Si un jour d'Herminie te prend quelque tristesse, n'oublie pas qu'en Ardenne un arbre t'est voué. Qu'une boîte magique – l'aurais-je pu jeter ? - me parle avec ta voix des plages de Bretagne et que le vent d'Ouest a des parfums de toi. N'oublie jamais, jamais, que je ne t'oublie pas.


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Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques
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