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Dimanche 8 février 2009 7 08 02 2009 13:18
La déesse Arduinna se porte bien, par les temps qui courent. Reste à savoir de qui l'on parle, et quels concepts se cachent derrière cette Dame qui semble bien n'avoir jamais chevauché un sanglier. Pèlerinage aux sources.


On ne m'ôtera pas de la tête qu'il est particulièrement réjouissant de constater çà et là un retour en force d'Arduinna dépassant les cercles traditionnels d'artistes et d'érudits. La déesse tutélaire de l'Ardenne se porte bien, et l'on peut espérer que cette (re)découverte prélude à la diffusion d'une autre manière d'envisager notre rapport à l'environnement, au sens entier du terme.

Allons vers elle au pas d'un pèlerinage, étape après étape, et en ne perdant jamais de vue que notre connaissance du monde celtique reste très lacunaire, surtout lorsqu'il s'agit de spiritualité.


Il n'y a pas de dogmes, pas d'élus, pas de punis : il y a ce qui Est.

L'ARDENNE EN CES TEMPS-LÀ

Les premières mentions de la forêt ardennaise remontent à César et à Strabon. Le premier la décrit dans sa Guerre des Gaules : “ (...) il partit lui-même pour la guerre d'Ambiorix, par la forêt d'Ardenne, qui est la plus grande de toute la Gaule, et qui, s'étendant depuis les rives du Rhin et le pays des Trévires jusqu'à celui des Nerviens, embrasse dans sa longueur un espace de plus de cinq cents milles 

500 milles romains correspondent à environ 700 km !


Sans doute César n'est-il pas à une exagération près, et les cartographies de l'époque sont ce qu'elles sont. Mais l'importance stratégique et administrative des distances est telle qu'elles semblent généralement rapportées avec précision. De plus, César distingue bien cette forêt de la forêt hercynienne et, par les limites qu'il en donne, il montre qu'il ne la confond pas non plus avec la forêt vosgienne.

Pétrarque, au XIV siècle, la décrit encore : “ sombre et pleine d'horreurs „

OÙ SAINT REMACLE DÉPRIME

Pleine de mystères, aussi.

Car Hubert et Bérégise avaient eu beau implanter la foi chrétienne dans la contrée,  saint Remacle n'en avait pas moins retrouvé plus tard les croyances anciennes pleines de vigueur, ainsi qu'en témoigne son biographe, Hariger : “ Saint Remacle, saisi d'une douleur inexprimable, se hâta d'exorciser ces lieux infectés des erreurs de la gentilité, et il y fonda les deux abbayes de Stavelot et de Malmédy. Mais les dieux et les déesses païennes disparus, les fées, les sorciers et les magiciens vinrent aussitôt occuper la place. „


Bien fait ! Et ce n'est pas fini, mon pauvre ami !

Quant aux dieux et aux déesses, ne vous faites aucune illusion. Dans la majorité des cas les chrétiens, lassés, en feront des saints et des saintes. Saints et saintes qui ne sont finalement que des dieux de proximité quand ils ne sont pas, à l'instar de Brigitte de Kildare, la Grande-déesse soi-même.

Bref, ils sont toujours bien présents. La faute à Satan, diront certains.

LA “ RELIGION „ DES CELTES

On peut le voir ainsi. Et, ma foi, tant qu'ils ne font monter personne sur le bûcher...

Mais ne serait-ce pas plutôt “ la faute à une erreur d'aiguillage „ ? Car, qu'irait faire Épona au milieu du désert ? Au mieux y serait-elle accueillie avec une sympathie distante, minimum que l'on se doit de témoigner à la foi d'autrui pour autant que celle-ci agisse de même à l'égard de la vôtre.

Étranger à la notion de révélation, le dieu suprême des Celtes est plus immanent que transcendant. Inconnaissable, il est dans tout et tout est en lui. Il est partout et nulle-part. Tout est sacré, et rien ne l'est. Ce qui se soutient.


Pour compliquer encore les choses, il est établi que leurs contacts avec le monde Grec sont tout sauf anecdotiques et limités à des relations commerciales.

Tout ça laisse des traces. Des racines. Profondes.

Alors sans doute les druides que rencontreront les premiers missionnaires chrétiens n'ont-ils plus grand-chose à voir avec ceux rencontrés par César, lesquels étant eux-mêmes l'ombre de ce que furent leur aînés. Et nombre d'indices laissent présager qu'il y avait un monde entre la perception “ religieuse „ des élites et celle du peuple.

Il n'en reste pas moins que même si l'on peut être d'accord sur le fond, on ne croit pas de la même manière dans les mêmes choses et les mêmes dieux lorsqu'on vit sous la pluie au milieu de forêts immenses ou sous le soleil au milieu d'un désert.

ARDUINNA

C'est à ce point vrai que certaines divinités celtiques omniprésentes chez certains peuples sont totalement absentes chez d'autres, ou présentes mais sous une autre forme.

En fait, les Celtes n'avaient pas de religion au sens ou nous l'entendons actuellement. Ce qui n'empêche pas leurs divinités d'être bien vivantes, dans cette Europe christianisée (sur le tard, dans bien des cas*) et non pas chrétienne comme d'aucuns voudraient le faire accroire**.

Comment venir à bout de dieux qui sont partout et nulle-part ? En empêchant les sources de couler ? En rasant les forêts ? En concassant les rochers ? Les tenants des religions plaçant l'Homme au centre de l'Univers ont bien failli y arriver. Mais, là, ils commencent à se poser des questions...


Arduinna est donc toujours bel et bien là même si, historiquement, on sait peu de choses d'elle.

La forêt d'Ardenne reste impressionnante de nos jours et, par quelque point qu'on l'aborde, l'Ardenne se présente comme une masse sombre sur l'horizon. Tout ça n'était que plus prenant  encore par le passé, comme on l'a vu plus haut.

Lieu puissant, difficilement pénétrable, couvert de forêts entrecoupées de fanges et de vallées profondes, abondant de sources dont bon nombre possédant des vertus thérapeutiques, c'est tout naturellement que le Celtes ont divinisé la Noire, ont divinisé Ar Duenn.

Arduinna était identifiée bien davantage qu'elle naissait. Et il n'y en avait pas trente-six. Il n'y a donc bien qu'une seule Ardenne. Vu ? :o)

PAS DE SANGLIER POUR ARDUINNA ?

D'aucuns en font une divinité locale. Faut il s'entendre sur ce que l'on appelle une divinité “ locale „.

Car si les peuples celtiques ne sont pas ou plus des peuples de la Déesse-Mère, celle-ci reste bien présente dans leur panthéon. Et tout porte à croire que lorsqu'elle n'apparaît pas en pendant manifeste d'un héros/dieu masculin, la déesse féminine est systématiquement un avatar de la Déesse-Mère.

Arduinna possède donc toutes les caractéristiques d'un avatar, d'une forme particulière de la Grande-déesse au même titre qu'Épona ou Macha, par exemple.


Ou comme les “ Trois Vierges „, forme trinitaire évidente puisque la Grande-déesse était à la fois la mère, l'épouse et la soeur des dieux principaux. Tout ça évitant finalement, au moins moralement, une série d'incestes tous azimuts rencontrée ailleurs...

Soit. Pour en revenir à Arduinna, on ne possède pas de représentation de celle-ci, à ma connaissance et à ce jour. Ce qui n'a rien d'étonnant : pourquoi vouloir représenter un “ dieu „ qui est Tout et donc présent en tout***? Une feuille, un symbole, suffisent, et les Celtes excellaient dans l'abstraction.


Comme bon nombre d'Ardennais sans doute, je possède une reproduction de ce que certains persistent à présenter comme une effigie de  “ Dea Arduinna „. En fait, il s'agit d'une Diane montée en amazone sur un sanglier, acquise à la fin du XIX° siècle par le musée de Saint-Germain-en-Laye. Ce pourrait avoir été une enseigne militaire.

Ceci dit, ce qui est faux d'un point de vue archéologique peut être vrai sous l'angle “ théologique „ : s'il vous plaît à y trouver une figuration d'Arduinna conforme à votre perception de la déesse, personne n'a rien à vous dire.

Un autre dieu de l'Ardenne, masculin celui-la, est  identifié avec une quasi certitude depuis le jour qu'une croix lui a poussé entre les bois. Comme quoi...**** Mais ça, c'est une autre histoire.

À bientôt, Pèlerin !

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Notes

*Religion officielle de l'Empire romain (en déconfiture) à partir de l'an 381 de l'ère chrétienne, le christianisme mettra près de mille ans pour s'imposer – extérieurement en tout cas, et pas souvent au sens figuré – à l'ensemble des populations européennes.

(L'expansion du christianisme en Europe (600-1300)
Carte Hachette Multimédia)


** Il est patent que l'unification de l'Europe, en tant que fait culturel bien davantage que politique il est vrai, était déjà une réalité à l'époque du rayonnement celtique.

Constater que le christianisme soit un élément déterminant de l'histoire européenne est une chose, affirmer qu'il en soit le fondement est un non-sens portant le sceau de tous ceux qui, à travers les siècles, ont bien davantage servi les intérêts de l'Eglise – du pouvoir - que ceux de la transcendance prônée par son instigateur supposé.

De ceux-la même qui sont infoutus de perçevoir les motifs profonds de leur échec, car c'en est un. L'accumulation de mensonges, et la violence des moyens employés pour les imposer à des peuples dont les mentalités sont imprégnées par autant d'éléments étrangers au monde moyen-oriental, ayant nui bien davantage qu'un supposé “ complot judéo-maçonique „ et autres fariboles.

En s'éloignant du christianisme politique, les européens sont bien davantage en quête d'une spiritualité authentique dont les formes correspondent à sa culture, que dans le déni. “ Dieu „ n'est pas mort : il sort de la douche, voilà tout... pas mal ça... © ... ;o)

Et pour ce qui concerne plus spécifiquement le thème de cet article, ces quelques lignes tirées du travail de Bruno Dumézil ne manquent pas d'intérêt :
“ Pour nos mentalités issues de la philosophie des Lumières, la conversion forcée ressemble à un vieux démon plus ou moins exorcisé. Comment penser que l’on puisse réellement obliger quelqu’un à croire contre son gré ? Le sentiment religieux nous paraît incontrôlable, peut-être parce que nous avons établi une frontière claire entre le rite et la croyance : la violence peut obtenir une participation à une cérémonie, mais en aucun cas l’adhésion à une foi nouvelle. Il semble donc naturel que dès que la menace s’éloigne, les « convertis de force » expriment à nouveau leur sentiment personnel et retournent à leur culte antérieur. „

Quant à l'épouvantail de l'islamisation... laissez-moi rire.

Non, non, Benoît, à moins de réactualiser la Sainte Inquisition, ton pouvoir a perdu une partie que la transcendance, seule, peut gagner. Mais croyez-vous seulement à la transcendance, toi et tes troupes de choc, figés dans le seul état d'Europe qui ne soit pas une démocratie ? Entre Paul et Jean, il y avait un choix à faire : vous avez pris la mauvaise option...

***
Ce qui tendrait à expliquer par ailleurs que les Celtes tardifs aient adopté Jésus sans problème : tout étant en Tout, Tout est en tout et donc en tous. Nous sommes donc effectivement, tous, des incarnations de/du dieu.

****
À se demander si tout ça n'a pas été fait expressément... n'oublions pas qu'un fort courant celtique a marqué le christianisme, et qu'il y est toujours présent...

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Créative Commons Licence

Cet article est la version revue et augmentée de celui que j'ai écrit pour le webzine Médiardenne.

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Sources

Wikipedia
www.france-pittoresque.com
Jean-Louis Bruniaux : “ Les Druides – des philosophes chez les barbares „ - Le Seuil – 2006 – ISBN 2.02.079653.8
Gerald Messadié : “ Histoire naturelle de Dieu „ - Robert Laffont – 1997 – ISBN 2-221-07988-4
Henri Gratia : “ Au Coeur de l'Ardenne mythique „ - Weyrich – 2002 – ISBN 2-930347-10-4
Le Robert Historique de la langue française
“ Les Celtes „ - collectif chez EDDL éditeur – déjà cité sur Mediardenne, voir articles “ Celtes „.

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Iconographie – sauf mention contraire – Patrick Germain, y compris la céramique figurant Épona
Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques - Communauté : Une Ardenne, des terroirs
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Samedi 7 février 2009 6 07 02 2009 22:17
Il y a un peu plus de six lustres de ça, j'eus le privilège d'être l'invité d'une maisonnée possédant l'un des derniers âtres centraux d'Ardenne – et sans doute d'ailleurs – dans la hotte duquel une dizaine de personnes pouvaient trouver leurs aises, sur des bancs de pierre dont les dossiers constituaient une manière de pièce dans la pièce.

C'était, si je me souviens bien, à l'automne. Ce dont je suis certain par contre c'est que l'Ardenne était alors d'humeur maussade. Bref, il faisait un de ces temps de chien, froid et humide, qui n'incite guère à l'exaltation bucolique des promenades vespérales d'arrière-saison.

Dans quel contexte était-ce ? Nous étions un petit groupe, arrivé là – à Louveigné, ou pas bien loin – dans le cadre d'un week-end dont il ne m'étonnerait guère qu'il fût placé sous les auspices de la méditation dans la mesure où  je crois me souvenir que notre hôte était prêtre orthodoxe, copte peut-être.

Soit, peu importe, le but n'est pas tant de raviver des souvenirs déjà lointains dans une mémoire incertaine que d'en tirer matière à réflexion. Bref nous passâmes la nuit sous le tablier de l'âtre, dormant sur les bancs, à la façon des ancêtres.

La nuit fut-elle bonne ? Sans doute : il est un âge ou le confort importe peu. Celui où l'on chope ce qui fait que, plus tard, un certain confort importera. Quoi qu'il en soit, les bûches qui achevaient de se consumer indiquaient sans équivoque que l'un d'entre nous avait rechargé le feu durant la nuit.

Curieux chemin, celui d'une pensée : ce n'est qu'aujourd'hui, en me levant, qu'il m'est venu à l'esprit que celui qui avait remis du bois sur le foyer cette nuit la ne pouvait être que le plus fragile d'entre nous, au moins à ce moment. Et qu'à n'en point douter c'étaient ses prédécesseurs qui, dans les âges, avaient de la sorte évité que les plus solides sombrent dans un dernier sommeil hypothermique, trompés par leur résistance.

Et qu'il ne s'agissait là que d'un exemple parmi d'autres à l'appui d'une évidence : l'être humain, primate nu et fragile entre tous les mammifères, n'a du une bonne partie de sa survie qu'aux plus fragiles d'entre les siens. Qu'à ce fameux “ maillon faible „ dont se gargarisent  tenants et tartuffes de la thèse, crétine entre toutes, d'un supposé “ darwinisme social „ qui ne saurait par ailleurs, en rien, être darwiniste.

Allez, bonne nuit les p'tits Loups, et n'oubliez pas : “ La force du clan c'est le loup, et la force du loup, c'est le clan „

Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde ! - Communauté : Une Ardenne, des terroirs
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Samedi 7 février 2009 6 07 02 2009 15:38
L'art ne peut pas être une simple spéculation intellectuelle, un jeu de l'esprit : ceux-ci ne peuvent, au mieux, être que des supports.

L'artiste n'a pas à justifier son acte, l'art est sa propre justification. Si l'artiste ressent le besoin, voire la nécéssité impérieuse, d'expliquer une oeuvre, c'est que celle-ci n'est pas claire en elle-même, en lui-même, et ne constitue qu'un jeu de l'esprit, si grandiose soit-il.

L'art, ou supposé tel, qui doit s'accompagner d'une notice explicative est tout ce qu'on veut : un médicament, une automobile, un jeu de stratégie, un pistolet au jambon voire une pipe, mais ce n'est pas – plus – de l'art.

L'affaire est d'autant plus comique lorsqu'il s'agit d'une oeuvre écrite.

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De la même manière que le succès ne fait pas l'artiste, l'insuccès ne fait pas le génie. À l'opposé des arènes médiatiques où l'on encense des chapeaux, il est des tombeaux où l'on encense des cerveaux dans du formol ! La ronde des chiens occupés à se sentir le cul est, il est vrai, un moyen de reconnaissance.

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L'artiste n'a pas besoin d'être reconnu pour être. La reconnaissance ne doit être qu'un “ plus „ éventuel, essentiellement destiné à rassurer le vecteur et ses inévitables blessures égotiques. Elle ne peut, en aucun cas, devenir le but de sa pratique.

En ce, j'affirme que, non, l'art n'est pas une thérapie !

La pratique – je me répète – d'une technique artistique ne fait pas l'artiste. Et s'il se peut, en l'occurrence, que la pratique thérapeuthique d'une technique artistique ait précédé celle de l'art, rester à ce niveau équivaut à clamer le caractère éminement fondamental pour le devenir de l'humanité de son nombril !

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En ce sens, l'artiste n'est pas ce qu'il “ dit „, il est ce qu'il “ voit „ et qui est incommuniquable en tant que tel. Il est – je me répète à nouveau, signe qu'il va être temps pour moi d'arrêter ce cycle de réflexion – un vecteur et un vecteur seulement.

Vous viendrait-il à l'idée de vous placer devant un poste de radio éteint pour entendre la vacation radio d'un marin de vos amis occupé à tutoyer les alizés ? N'allez-vous pas plutôt mettre le récepteur sous tension ? Et être conscient que ce que vous entendez n'est pas la voix de votre ami, mais sa retranscription plus ou moins fidèle en fonction de la qualité du récepteur ? Et que c'est alors la nature de ces imperfections, en fonction de vos spécificités physiologiques et culturelles, qui va orienter votre choix vers tel type de récepteur, de telle marque, plutôt que vers tel autre ?

Le piège résidant précisément dans une telle absence d'imperfection, effective ou habilement suggérée, que le média donne le faux sentiment de se suffire à lui-même, d'être ce qu'il ne fait qu'interpréter.

Notre époque est “ en plein dedans „ !

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Ce constat, en ouvrant la porte à une critique des “ mass-médias „ qui n'est pas l'objet de ce cycle de réflexions, amène ce qui en constituera la conclusion : par leur présence complaisante sur des médias en perpétuelle recherche d'un bon média, de celui ou de celle qui “ passe bien „, certains artistes – à l'instar de certains philosophes - tuent ce qui est supposé être leur média en décrédibilisant totalement, aux yeux du plus grand nombre, toute forme de “ dire „ qui n'a pas reçu l'aval de la “ société du spectacle „.

Contribuent à la perpétuation de la “ trahison des clercs „ dénoncée par Benda dès le premier tiers du XXème siècle.

Ne sont pas, ne sont plus, des artistes. S'ils l'ont jamais été.
Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Samedi 7 février 2009 6 07 02 2009 12:21
L'artiste n'a pas à être engagé : son art l'engage par définition. Tous les régimes totalitaires l'ont compris : que celà échappe à une majorité de démocrates reste, pour moi, un mystère.

Tiens : “ mystère „ ! Faute de pouvoir le mettre à mort, la démocratie exigerait-elle de l'artiste qu'il se mette en scène ? Pour être crédible ? À tel point que l'on finit par se demander quel temps il reste à certains pour travailler ?

La “ société du spectacle „ a fini par créer des artistes sans art. Manière subtile pour un totalitarisme qui avance masqué de museler les uns tout en “ ringardisant „ les autres !

La place de l'artiste n'est pas à la Tribune, et surtout pas dans l'Hémycicle, où il dénature ce qu'il a de meilleur à donner ! Montrer-sa-gueule-partout dénature l'essence d'une expression artistique qu'il a – en principe – choisie parce qu'elle lui permettait précisément de mieux s'exprimer, de mieux exprimer, qu'en exhibant son fier nombril et ce quand-bien même son art l'amène à être en scène devant un public.

La fonction sociale de l'artiste est de nature visionnaire, de “ voir au-delà „, aux avant-postes de la philosophie, là ou il n'y a encore rien à expliquer mais seulement des choses à “ dire „.

Il est urgent que les artistes reviennent à leurs  “ fondamentaux „ dans un monde en crise et totalement dépourvu d'imagination ! Le reste appartient à d'autres.

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Aux frontières du sensible, l'artiste est un guetteur, veilleur, un Éveilleur. L'artiste n'a pas à être un gourou.

De la même manière que les piquets enfoncés dans le sol de part et d'autre des routes du Haut-pays ardennais ne sont que les témoins de l'existence d'une de celles-ci sous le manteau de neige ou de brouillard, il n'est pas la Voie. Ni même Le Témoin de La Voie : il témoigne de l'existence d'une de ses formes à un moment, un endroit, donnés.

Il est sur la Voie, récepteur des vibrations de celle-ci qu'il retranscrit en ayant le devoir d'être éveillé, bien conscient que tout ce qu'il pourra “ dire „, étant passé par son vecteur, n'est pas ce qui Est.

S'il a un devoir social, devenant alors l'albatros “ exilé sur le sol au milieu des huées „, c'est celui de témoigner du caractère aléatoire de tout système de pensée, de la nudité fondamentale de tout roi du monde. D'être alors le fou, l'esclave qui rappelle au maître qu'il est mortel. Il n'a pas vocation à être son singe !
Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Vendredi 6 février 2009 5 06 02 2009 23:16
La réflexion sur son art est indissociable de la notion même d'artiste. Il n'y a pas d'artiste sans réflexion sur le sens de l'art. En ce sens l'artefact peut être, mais n'est pas implicitement de l'art. Il existe selon moi une différence nette entre l'art et la création, entre la création et la créativité.

Ceci ne sous-tend aucune hiérarchie de valeurs, qu'elles soient techniques ou intellectuelles, mais établit des distinctions : savoir de qui, et, partant, de quoi, l'on parle.

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Constatant au passage qu'il y a bel et bien réflexion sur l'acte de la part d'artistes handicapés mentaux ou de la part de “ primitifs „, la notion d'art “ spontané „ n'a, selon moi, aucun sens. D'une part parce que la notion même de spontanéité – à l'instar de celle d'objectivité - est un leurre* ; d'autre part parce que, la notion de compétition n'ayant aucun sens en matière d'art, le postulat selon lequel il existerait un art “ spontané „ et un autre établit une catégorisation qui dépasse de loin les simples critères de parenté esthétique ou technique**.

Item, la notion d'art “ différencié „ constitue un non-sens, selon moi.

Il n'y a pas trente-six formes d'art, même s'il y a trente-six mille visions de l'art : il y a l'art et d'autres choses, qui peuvent techniquement s'en rapprocher (voire même, le cas échéant, surclasser le travail de nombreux artistes), mais qui n'en sont pas.

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De même que la prostitution n'est pas l'amour, le succès ne fait pas l'artiste. L'art n'est pas une marchandise. Qu'une quelconque spéculation fasse “ monter la cote „ d'un artiste est une chose. Que l'artiste, avant même d'avoir ébauché son travail, calque sciemment sa pratique sur les canons de la spéculation en fait un faussaire.

Si, au départ de votre supposée vocation, ne se trouve aucun besoin (ou mieux, aucune envie) irrépressible de “ dire „ à travers une technique artistique, rejoignez plutôt les rangs du Propagandastaffeln : “ faites dans la pub „ ! Vous gagnerez du temps, de l'argent, une certaine reconnaissance si ce n'est une reconnaissance certaine, et, surtout,  un pouvoir inimaginable sur une majorité de vos contemporains.

Par contre, si par l'action conjuguée d'un heureux hasard et d'esthètes touchés par votre travail il vous arrive cette manière de miracle consistant à (sur)vivre de son art, mettez-vous en quête d'un cierge en cire d'abeilles de la plus grande dimension possible et priez pour que ça dure, même si vous êtes un athée convaincu. Accessoirement, je peux vous fournir mon numéro de compte en banque.

Notes

*Pour être spontané (objectif) l'acte (le jugement) devrait être posé par un extra-terrestre débarquant sur terre sans y avoir été préparé en aucune manière et alors même qu'il n'est pas encore sorti d'un véhicule totalement hermétique. Autant dire qu'il est impossible. Le foetus dans le ventre de sa mère est déjà imprégné : ni ses actes, ni ses jugements, fussent-ils infimes ébauches, ne peuvent prétendre à la spontaneité, à l'objectivité.
**L'intention de base était, sans doute, louable à défaut d'être heureuse. Mais il y a fort à parier que, conformément à la loi de grossièreté (plus communément appelée “ loi du marché „), l'étiquette serve désormais bien davantage la spéculation que la mise en valeur d'artistes particuliers ou supposés tels.
Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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