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Ca barde !

Lundi 18 juin 2007 1 18 /06 /2007 17:10

Vous savez ce que c'est : il y a des jours, comme ça, ou l'on se dit qu'on aurait mieux fait de rester au lit. Qu'il ne pleuvra qu'une fois, et que tous les mous du bulbe sont de sortie rien que pour vous enquiquiner, vous et pas un autre.

Bref, ce matin il faisait un temps de chien, le lait avait profité de la nuit pour tourner et un courrier (le genre « majoré des frais : j'ai fait [enter] et ça vaut bien vingt euros en plus dans ta gueule, connard ») avait achevé de me mettre d'humeur altière lorsqu'une main anonyme fut prise d'une irrépressible envie de marteler le carreau de la cuisine avec insistance.

Je me lève et ouvre mon huis avec juste ce qu'il faut d'expression amène pour faire comprendre à l'intrus qu'il est le bienvenu. Pas de chance, le zèbre fait dans le genre « lou ravi » et, avant que j'aie eu le temps d'en placer une, le voila qui me donne du « mon frère » et des bénédictions que malgré ma vie un rien mouvementée j'ai pas mérité ça.

Le discours étant sans équivoque, je comprends très vite que j'ai à faire à un de ces nettoyeurs de karma ambulants qui font le charme de notre époque comme les rémouleurs naguère. Un dingue, quoi. Qui a lu trois bouquins de Sri machin chose et qui s'est pris l'illumination en pleine poire comme un lapin la myxomatose en cisaillant un bouquet de serpolet inscrit « pas de chance ».

Bon, d'accord, j'aurais pu déprimer sévère avec quelque chose de plus traditionnel, style paire de petites mallettes connaissez-vous-la-Bible. Là, au moins, on était dans un vrai gros délire, dans du « new-age » pur jus sentant bon la grosse soupe : un brin de catho pour pas surprendre, une pincée de protestant pour faire sérieux, une grosse poignée de bouddhisme de l'improbable véhicule pour séduire le bobo potentiel, quelques soucoupes volantes, de la psychologie « Femmes d'Aujourd'hui » pour la caution scientifique ; portez le tout à feu vif sur fond de chamanismes d'origines multiples et servez chaud. Putain, la Vérité, quand-même : qu'est-ce que c'est beau, hein ?!

Allez, ma foi, la journée étant de toute manière perdue pour le Devoir, le guignol étant plutôt sympa et Lierneux à un jet de pierre... Tiens : je m'apprêtais même à esquisser un sourire aussi inattendu que bienvenu dans cette matinée plombée.

Là-dessus, voila-t-il pas que ce brin-de-zingue m'annonce que je serai bientôt riche et célèbre. Histoire de ne pas vexer la trente-quatre millième (à ce jour, et à ma connaissance) réincarnation de Marc Aurèle, je lui glisse que je suis déjà riche d'expériences humaines et spirituelles, et que le fait d'être connu de l'Univers me comble. Mais l'autre renchérit : « Non, non, pas comme ça : vous allez devenir riche et célèbre dans ce monde. »

Autrement dit, non content de me casser les burettes avec son ésotérisme à dix balles, voila qu'il me menace, maintenant ! Riche et célèbre ! Des noix, oui ! Quand tu penses au mal de chien qu'il m'a fallu pour retrouver un semblant de sérénité en m'éloignant de ces pièges à cons, c'est pas un Nostradamus des Hautes-Fagnes qui va me renvoyer au charbon, hein ! Non mais !

Bref, soucieux de ne pas aggraver mon (cas)rma avec une histoire de meurtre, je tente de mettre fin à l'entrevue, en prétextant un rendez-vous avec les mânes d'Alexandre le Grand. Pas de chance : mon pythonisse était déjà sur le coup. Oserais-je dire que je n'ai même pas été étonné quand il a crié : « Non, pas sur la tête ! » avant de se faire virilement empoigner direction la sortie. Après tout, l'était bien voyant, non ?


Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Jeudi 23 août 2007 4 23 /08 /2007 13:42

Taraudé par les finalités d'une société qui tend à nous maintenir dans un état d'enfance à tous niveaux, je me suis replongé dans la lecture de l'incontournable “ 1984 „ d'Orwell.

 

Car, finalement, tous ces gens qui veulent mon bien n'allaient pas sans rappeler quelque chose entrevu adolescent, entre Tonio Kröger et Wanderer kommst du nach Spa (dans le texte – chuis encore plus intelligent que j'en ai l'air... ;o) grâce à un curieux prof' d'allemand nommé Pierre Martin.

 

Imbécile de moi ! J'en étais à me poser des questions alors que tout était là, écrit, évident et sans appel. Pardonne-moi, Pierrot !

 

Or donc, à l'attention de tous mes frères et soeurs indécrottables naïfs plus ou moins dupes :

 

“- Comment un homme s'assure-t-il de son pouvoir sur un autre, Winston ?

 

Winston réfléchit :

 

- En le faisant souffrir, répondit-il.

 

- Exactement. En le faisant souffrir. L'obéissance ne suffit pas. Comment, s'il ne souffre pas, peut-on être certain qu'il obéit, non à sa volonté, mais à la vôtre ? Le pouvoir est d'infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l'esprit humain en des morceaux, que l'on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l'on a choisies. Commencez-vous à voir quel sorte de monde nous créons ? C'est exactement à l'opposé des stupides théories hédonistes qu'avaient imaginées les anciens réformateurs. Un monde de crainte, de trahison et de tourment. Un monde d'écraseurs et d'écrasés, un monde qui, au fur et à mesure qu'il s'affinera, deviendra plus impitoyable. Le progrès dans notre monde sera un progrès vers plus de souffrance. L'ancienne civilisation prétendait être fondée sur l'amour et la justice. La nôtre est fondée sur la haine. Dans notre monde, il n'y aura pas d'autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l'humiliation. Nous détruirons tout le reste, tout. „

 
Relisez, vite, “ 1984 „. Quelles que soient vos convictions politiques ou philosophiques et pourvu que vous soyez de ceux qui “ se trompent avec honnêteté „ (que les autres aillent au diable). Nous avons, tous, sans exception, à y gagner.



Hommage à Pierre Martin


Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Lundi 17 décembre 2007 1 17 /12 /2007 17:09

Vingt pour cent d'augmentation ! En six mois ! Si l'autre, la, dans le poste, vient encore chanter que tout va bien, je hurle ! Ça ne changera pas grand chose, mais ça fait du bien. Non mais, tu te rends compte : vingt pour cent – et des rawèttes – d'augmentation en six mois sur le prix de l'aliment pour les poules ! Si ça continue, tu vas voir qu'on va servir les omelettes sur des plats en argent ! Et encore : deux oeufs, hein, pour ce prix la ! Pas trois !

 

Moi, je m'en fous, note bien : c'est mes poules, et c'est bon pour la santé. Si tu savais la sérénité que ces bêtes la m'apportent quand je vais m'occuper d'elles ou passer cinq minutes à les regarder vivre...

 

N'empêche, ça me gonfle ! Et pas seulement pour le tort que ça fait au monde rural, ce genre de flambée qui ne profite jamais au bûcheron, non : ça me tracasse surtout pour les gens qui sont dans la misère et qui vivent en ville.

 

'Vont manger quoi, eux, si ça continue ? Encore un peu plus de merde qui rend les mômes obèses ? Ce qui permet de les culpabiliser encore un peu plus d'être pauvres ? C'est à la mode, ça : t'es pauvre ? C'est ta faute ! Tiens, retire un peu des prisons tous ceux qui n'y sont finalement que parce qu'ils sont pauvres, tu m'en diras des nouvelles !

 

Mais ça va pas durer, qu'ils disent : on va re-va-lo-ri-ser le tra-vail ! Comment ? On cherche ! Parce que tu peux me dire ce que tu veux, mais une société dans laquelle des gens qui roupillent sur un tas de pognon s'enrichissent en faisant virer ceux qui bossent va avoir du mal à la faire passer, celle-la. Revaloriser le travail.

 

Oh, note, à moins d'être parfaitement débile c'est pas très compliqué de les voir venir. Tu veux du boulot ? Pour ne pas être un de ces salauds de profiteurs ? Tu vas en avoir. Seulement voilà : va falloir prendre ce qu'on te donne, au prix où on veut bien te le vendre, avec le sourire et en ôtant ta casquette devant Not' bon Maître qu'est bien généreux de laisser tomber juste assez de miettes pour t'empêcher de crever et ta famille avec !

 

Chez les anglo-saxons, on appelle ça des “ working-poors „. Ça fait mieux que “ lumpen-proletariat „ mais le résultat est le même. Tu seras un “ bon „ pauvre, mon fils ! Pas comme les autres, la, les fainéants ou, pire, les nantis ! Ceux qui prennent odieusement en otages ceux qui se sont laissés enculer en imaginant que ça les ferait bien voir ! Me font penser à des clebs incapables de piger que leur maître est un malade qui aime les battre, ceux-la ! Otages !

 

Attends, je te raconte un truc : quand je me suis engagé dans la fonction publique, tous ceux qui étaient “ dans le privé „ se sont foutus de ma gueule. Un “ petit joueur „, que j'étais. Pas un minable - “ avec l'intelligence que t'as... „ - mais tout juste.

 

Ben tu sais quoi ? C'est les mêmes qui me reprochent aujourd'hui de bénéficier d'une retraite ! Un “ win for life „ qu'ils appellent ça, en référence aux billets de loterie qui te permettent de gagner une rente à vie.

 

Au moment où j'ai signé mon contrat, on te disait : “ vous n'allez pas gagner beaucoup, mais votre pension c'est un salaire différé, en fait „. Donc, si je suis bien les pingouins qui veulent faire passer les fonctionnaires pour d'odieux profiteurs, il faudrait que je me sois fait plumer deux fois ? En quel honneur ? Prime à la connerie ? Pour ne pas qu'ils se sentent trop ridicules ?

 

Allez va, je vais encore me faire mal voir, et attraper des maux de tête pour rien du tout. N'empêche !

 

Et avec le prix du grain qui augmente, 'va falloir s'accrocher. Parce que ça n'ira pas mieux l'an prochain, et que même si ça va mieux les prix ne seront pas diminués pour autant et ça ne profitera toujours pas davantage aux producteurs.

 

Quant à ton potager, s'il ne fait pas un hectare, et si t'as pas cent poules, ben ça va te coûter nonos ! Allez va, laisse-toi faire et bouffe ce qu'on veut bien te faire bouffer : c'est plus hygiénique, qu'on te dit, et pas tellement plus cher. T'as compté tes heures ? Ah, tu vois !

 

Ouaip. Ben allez vous faire foutre ! Et surtout, dans dix ans, ne venez surtout pas me dire que je suis un odieux privilégié d'avoir de quoi bouffer sainement sans devoir baisser mon froc, hein ! L'aurez voulu, votre “ développement durable „, 'faudra pas venir faire chier ceux qui auront misé sur une “ régression profitable „, ok ?!

 

Vingt pour cent d'augmentation ! Putain ! Me feraient démancher, ces pignoufs !



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Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Mercredi 19 décembre 2007 3 19 /12 /2007 22:31
Je ne m'étais pas encore exprimé au sujet de la tragicomédie belgicaine qui n'en finit pas de nous faire – réellement cette fois – passer pour des cons. Qu'en dire ? Sinon que le spectacle et les acteurs sont pathétiques ?

Une pièce dans laquelle il est vivement déconseillé de jouer, donc.

Il n'empêche.

Il n'empêche que derrière ce qui pourrait n'apparaître que comme une lamentable farce lamentablement interprétée par des dupes se cache une réalité bien plus cruelle. Une réalité qui, si nous n'y prenons garde, risque fort de faire monter sur scène ceux-la même qui en sont le moins demandeurs.

Car le fait qu'un quarteron d'excités parvienne à obtenir le consensus plus ou moins mou de la majorité d'un peuple (que je sache, la Flandre est – encore – une démocratie et je n'ai pas entendu parler d'une “ witte verloop tegen connerie „) autour de thématiques clairement fascisantes ne lasse pas d'inquiéter.

D'inquiéter au sein d'une Europe vidée de sa substance au nom des même “ réalités économiques „ qui ont vidé les états de la leur.

L'Histoire bégaie. Qui l'entend ? Ou plutôt qui veut l'entendre ?

L'Histoire bégaie. Qu'un coup de feu claque ; un seul et symbolique coup de feu...




Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Vendredi 8 février 2008 5 08 /02 /2008 19:43
...  'Un renard  ( parmi  d'autres )  libre,  dans  un  poulailler  libre"  ... 



... mais, bien sur, on peut trouver ça normal... j'en connais même qui admirent la stratégie de ce genre de "belles réussites"...


Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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