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Jeudi 5 février 2009
Épistolaire...
... eh pistolero...
... et puis c'drôle d'air...
... épique taulière...
... et pistolet (au jambon, je préfère)...
... épice, tôle, air...
... et puisque c'est comme ça, je me dis que la lettre, lorsqu'elle transite par les mains du facteur, c'est autre chose que de la bouillasse communiquante.

La lettre manuscrite, ça reste l'art majeur de la communication, parceque ça ne se limite pas à une simple communication. Parce qu'un courrier postal, c'est un échange en soi. L'écriture, l'encre, le papier, tout ça n'est pas anodin. Tout ça fait la différence avec le très clinique courriel. Pratique, certes, mais clinique. Peut-on imaginer un courriel qui permettrait de discerner dans quel état d'esprit a été rédigée telle séquence, à quel moment de la journée ?

Il m'arrive souvent, rien qu'en parcourant ses formes et ce qui a impressionné le papier, de precevoir la teneur d'une lettre manuscrite avant même de l'avoir lue. Ici, tel pli, tel changement dans l'agencement des jambages ; là, telle tache ; ailleurs, telle odeur, plus ou moins intense, plus ou moins volontaire ; avec, au bout du compte, tel masculin, tel féminin, à telle heure approximative de sa journée, dans telle odeur de cuisine ou de savon, de parfum plus ou moins volontairement imprégné.

Nos lettres nous racontent. Ce monde qui n'en finit pas de s'exhiber a peur de se raconter. Confusion, confusion, confusion... montrer son cul n'est pas se dire, communiquer n'est pas dialoguer.

C'est très physique, l'écriture manuscrite. Très sensuel. C'est l'animal mis en musique. C'est tout ce que cette époque n'est plus. C'est tout ce que cette époque craint. Sans doute parcequ'elle est trop grossière pour en percevoir la subtilité. Et quand-bien même : pourquoi faire dans le subtil, alors que le grossier est tellement plus rentable...

Écrivez-moi, s'il-vous-plaît, de belles lettres de temps en temps. De vraies lettres, avec du vous dedans, du vous d'encre, de papier, d'odeurs, de temps. Je vous promets d'y répondre à concurrence de la tenue de mes plumes ballon et de la réserve d'encre dans son flacon de verre translucide qui, là, aux avant-postes de l'écran, me rappelle que j'écris, aussi, pour la beauté du geste et les sensations qu'induit en moi le froissement de la plume sur le papier.

Patrick Germain
Menil 3/7
B-4990 Arbrefontaine (par Lierneux)
Ardenne
Belgique


PS : Perdre les sensations, c'est perdre le sens, c'est assister en spectateur à ce qui n'est plus qu'une projection de nous-même. On trouverait moins de conneries sur la Toile s'il les fallait, au préalable, écrire manuellement.
Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Lundi 24 novembre 2008

Je te dis des choses, ici. Des mots de neige, des mots de forêts et de vents, de rochers et de fanges fauves. Mots contrastés, tranchants parfois. Vrais. Sans doute parce que je suis de ce pays à chaque battement de coeur, que ce pays s'appelle l'Ardenne et que je lui ressemble.



Tiens, j'en profite pour saluer Richard et ses potes. Le déneigement, c'est eux. Que ça ne t'empêche pas de mettre des godasses convenables à ton 4x4 bien propre sur lui : ça me fait une peine pas possible quand je te survole avec ma charrette ;o)



À bientôt chez moi. Chez nous. Ici. Chez toi ? Va savoir...


Par Patrick Germain - Publié dans : Eus Arduenn - Communauté : Les blogs régionalistes
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Mercredi 19 novembre 2008
« C’est pathologique. T’as beau dire : c’est pathologique » Le massotai (lutin) du Thier dol Preû répétait ça en me tournant autour, ce midi, tandis je mangeais une tartine de sirop en laissant mes yeux vagabonder sur la croupe de la vallée de la Lienne.
« De chevreuil… », finis-je par laisser tomber, histoire d’entamer la conversation.
Jamais facile, avec un massotai, d’entamer la conversation : si ça ne débute pas comme un jeu – et que le jeu lui plaise – au mieux il te tournera le dos en haussant les épaules. Au pire, ta journée est foutue : il montera ta chaîne de tronçonneuse à l’envers, s’arrangera pour que tes godasses prennent l’eau, pour transformer ton feu en un fumigène insupportable ou que sais-je. ‘Sont pas faciles.
Là, ça a pris : « De chevreuil ? » « Pathologique de chevreuil… »
Dix minutes, qu’il a mis pour s’en remettre… Et c’est long, dix minutes d’un rire de massotai. Ça pète comme une trompette et ça grince comme un battant de grange qui n’a plus vu la graisse depuis que le charron l’a mis en place, du temps de l’oncle qui a bien connu Léopold II quand il venait à Amcômont. Affreux, que c’est.
« Ouais, ben de chevreuil ou pas, c’est pathologique »
« Allez bon : c’est quoi, qui est pathologique ? »
« Je m’en fous, c’est pathologique. J’aime bien le mot : pathologique. »
« T’as entendu ça où, toi ? »
« Dans la radio portative d’Alain-Pierre. Tu sais bien, le truc qu’il se met sur les oreilles quand il roule avec son tram pour ramener du bois. Je lui ai… emprunté… »
« … à long terme… »
« Non. ‘Y a qu’aux touristes que je fais des emprunts à long terme. Enfin, pas seulement. Oui. Ben ça dépend, quoi. Lui, il va retrouver son bidule en dessous de la nourrice d’huile. Un peu arrangé. »
« Arrangé ? »
« Serbo-croate… »
« ? »
« Sa radio. Je l’ai calée sur un poste serbo-croate. Plein pot. S’il ne de vient pas gaga après une pareille, je mange mon bonnet… »
« Et il a fait quoi, pour mériter ça ? »
« Rien. C’est porphyrelactique »
« Pro… qwè ? »
« Préventif, allez djan »
« Ben oui, prophylactique c’est plus compliqué à dire que pathologique… »
« Et à faire, donc ! »
« Dis, t’aurais pas bouffé son dictionnaire médical, en plus, toi ? »
« T’es fou ? C’est des trucs pour tomber malade ça ! »
« Enfin soit, t’es rouge comme ton bonnet la. Alors pète un coup, pas trop près si possible, ou dis-moi où tu veux en venir. Tu m’empêches de caresser la Lienne avec tes idées fixes ! »
« Tu parles d’idées fixes ! Caresser la Lienne… C’est freudien, ça ! »
« Ben ça dépend. Dans les coins ou on a vaguement entendu parler d’Œdipe, oui. Ailleurs, c’est normal. Comme quoi… »
« Un peu comme pathologique ? »
« Un peu, oui. C’est affaire de cultures »
« C’est bien ce qui me semblait »
« C'est-à-dire ? »
« Le type, dans le poste, qui disait tout le temps pathologique. C’est un malade. »
« Ben faut voir hein. Mais t’as pas tout à fait tort. Un toubib qui n’arrête pas de causer dans le poste ne soigne personne pendant ce temps-la. Des fois, ça vaut mieux. Souvent, même, ça vaut mieux. La prochaine fois, pique… allez, emprunte… une télé portative : quand t’auras vu la tronche d’un de ces gars la, t’auras tout compris »
« T’arrache pas, j’en ai vu un grandeur nature, l’autre jour, dans le gîte à Jean-Baptiste. Tu sais, celui où t’arrêtais pas de mater la belle plante flamande l’été dernier… »
« Mais… je… Mais de quoi tu te mêles toi, mildju !  Ben ça donc ! »
« Allez, te fâche pas : t’as bon goût. L’était plutôt gironde… »
« Vieux satyre ! »
« C’est celui qui le dit qui l’est ! Tu lui aurais bien mis le thermomètre, hein, cochon !? »
« … bien, ça, faut voir… c’est après que tu vois si tu l’as bien mis… »
« Tu deviendrais modeste ? »
« Pragmatique. Et ton toubib ? »
« Oui, c’est ça : changeons de sujet. N’empêche que la Corinne… Allez bon. Donc, je te disais que j’en avais vu un, en vacances chez le vieux sioux. T’as raison : ça te donne pas envie d’être en bonne santé… l’était tout gris, l’homme… »
« Normal : l’a peur du soleil. »
« Du soleil ? »
« Ben oui. ‘Paraît que c’est pas bon, le soleil. Surtout sur le coup de midi. »
« Midi, midi. Lequel, de midi ? Parce qu’avec toutes vos couillonnades de changement d’heures… »
« Ouaip. Ben justement. Ça prouve bien que ces veaux la racontent n’importe quoi. Parce que si tu suis bien leur raisonnement, quand le soleil est au zénith c’est moins dangereux… Note, c’est logique. »
« Ah ? »
« Ben oui : si tu dois te brûler sur le poêle, autant le faire quand il est prêt à foutre le feu à ta baraque : si t’as un peu de bol ça cautérise en même temps… »
« Et le barbecue ? Il aime pas ça non plus ? »
« Non. Verboten, le barbecue. Cancérigène que c’est. »
« Cancérigène ? »
« Le crabe… »
« Ouche ! »
« Oui : ouche. Mais bon, ‘faut pas trop te tracasser hein : je vais continuer à en faire. Et des tas d’autres avec moi. T’auras tes restes de barbaque va, si c’est à ça que tu penses… »
« T’as pas peur du crabe ? »
« Si. Peur de mourir, non. Mais l’idée de la souffrance, avant, ça ne m’amuse pas trop… »
« Ben alors ? »
« Alors ? Écoute, si tu suis ces gens la tu ne vas plus mettre le nez dehors et plus rien bouffer. Ça ne t’empêchera pas de mourir, ni de souffrir avant le cas échéant… »
« … mais tu te seras bien fait chier ! »
« Tu sais que t’es un petit génie, toi ? »
« Oui. N’empêche, et les risques ? »
« Du jour où tu mets les pieds sur cette terre jusqu’à celui où tu la quitte tu n’arrêtes pas d’en prendre. Marcher, tiens, rien que ça… »
« Marcher ? »
« Tu t’es cassé la gueule combien de fois, avant de maîtriser le déséquilibre qui te permet d’avancer ? Ben tout est à l’avenant. »
« Ouais. Mais le type dans le poste parlait de com-por-te-ments à risque… »
« C’est le même djâle, hein ! Les comportements à risque, paradoxalement, sont le privilège de gens en bonne santé. T’as beau faire, c’est ainsi. C’est quand t’es malade que tu fais gaffe. Et encore. Non, c’est eux, qui sont pathologiques… »
« C’est des docteur, eh ! »
« Et alors ? C’est pas un être humain, un docteur ? Tu crois que ça échappe aux saloperies qui rendent les autres gagas, ou qui les font vieillir ? Tu crois que c’est au-dessus des trouilles qui minent le restant de l’humanité ? Des petites manies ? De l’hypocrisie et des lâchetés ordinaires ? Des ambitions ? Tu rigoles, ou quoi ? »
« N’empêche que t’en as un, de toubib… »
« Michel, c’est pas [un] toubib : c’est [mon] toubib. C’est une histoire de confiance. De [feeling], comme ils disent dans le poste. Le genre de truc mutuel que tu ne peux pas expliquer : c’est comme ça. Un peu comme en amour, si tu veux, sauf que là t’as pas les hormones qui te jouent des tours. Quoi que… »
« Euh… tu sais que tu me fais peur, toi, sur ce coup la ? »
« Bièsse ! Non, mais t’as beau faire : mecs ou gonzesses, tu ne t’entendras jamais avec quelqu’un qui te repousse physiquement. Pas vrai ? »
« Moi, Monsieur, je suis un adepte de la beauté intérieure ! »
« Faux cul ! Si rien ne t’attire chez l’autre, il aura beau être prix Nobel tu n’y reviendras pas ! On parie ? »
« Hum… non. »
« Ça n’empêche pas le respect… »
« … cette élégance du désamour, comme tu dis ? »
« J’ai dit ça, moi ? »
« Oui »
« Ah bon. Ben c’est joliment dit, non ? »
« Et tellement pertinent, not’ bon Maître ! »
« Bref, mon toubib me connaît assez pour savoir faire la part des choses au coup par coup. Et, surtout, c’est pas le genre à te faire des leçons de morale. C’est ça, tu vois, qui me casse les couilles chez tous ces hygiénistes hypocondriaques : leur manie de te faire la morale.
Y’a rien de plus aléatoire que la morale. Donne-moi quelques heures pour fouiller dans leur linge, et je te la foutrai en l’air en deux coups de cuiller à pot, leur morale… Y’a pas plus immoral que les moralistes… Comportements à risque ! Une liste de courses avec les leurs, de comportements à risque !»
« Ouf… t’es fâche ? »
« Non, pas vraiment. Dans une société de vieux, c’est normal. »
« Attends, je te suis plus la… »
« Allez, ouvre les yeux : on est au commencement du [papy boom] ! C’est plus les maternités, qui se remplissent, c’est les hospices. Et la vieillesse, comme l’épreuve, ça ne change pas un homme : ça renforce ses tendances originelles. Si t’es un sale petit con à sept ans, tu ne sera jamais qu’un sale vieux con à septante.
Même chose si tu fais dans ton froc chaque fois que l’instit’ fronce les sourcils ou que t’as pas ton avoine à l’heure pile.
À sept ans, tout est dit. Mon sourire en coin et mon regard par en dessous qui vrille derrière les façades, à sept ans je les avais déjà. Et déjà plus de principes. Juste quelques règles de base. »
« T’étais déjà un emmerdeur, quoi… »
« Si tu veux. Certains le voient ainsi. Et avec le temps, tu comprends bien que ça n’a rien arrangé. Je les vois venir, va, tous ces couillons. On s’enfonce pour trente ans dans une société de vieux cons frileux à qui tout fout la trouille. Et le côté hygiéniste, c’est rien par rapport au reste… »
« On est mal barrés ? »
« Ils sont mal barrés. Toi, dans ta légende, tu ne crains plus rien. Et moi, je bricole la mienne en sachant qu’il y a un prix à payer. Alors, tu comprends… »
« Je comprends que c’est pathologique… Tu peux rien faire comme tout le monde… »
« J’ai essayé, j’vous l’jure m’sieur l’juge ! Mais ça ‘marche pas. Et le plus beau du jeu, c’est que je n’ai jamais autant d’emmerdements que quand je veux faire comme tout le monde… »
« T’exagères pas un peu, là ? »
« Non, je t’assure. Quand je veux faire comme tout le monde personne ne me croit, et dans le même temps ça me fout mal dans ma peau. Donc, j’accumule les conneries et hop : en route pour la belle fête ! »
« T’es un marginal, quoi… »
« Même pas. Marginal, c’est un cirque comme un autre. »
« T’es où, alors ? »
« Juste entre les deux, probablement. Et c’est très ténu, comme espace de manœuvre. C’est pour ça que je te parle, que je parle aux arbres, aux nuages, aux étoiles… aux dieux… Ça me donne de l’air»
« Tes fou, quoi ! »
« T’es là, non ? »
« Ben oui… »
« Donc… »
« Donc, t’es pas fou. Mais t’es pas normal non plus. Si tu savais comme ça devient rare, quelqu’un qui nous cause… »
« T’es prêt à prendre note ? »
« Pour ? »
« Citation définitive… »
« Vas-y »
« La normalité, c’est de la médiocrité contagieuse ! »
« Oufti ! »
« Tu l’as dit, barbe à poux ! Allez viens, va, on va se taper un bon petit cigare de la Semois, là-dessus. Et puis ce soir je nous fais une entrecôte de Dieu le Père, bien saignante, dans un peu de saindoux pour mélanger les genres. Avec des patates et des haricots du jardin. Ça te parle ? »
« T’es bien, toi, comme toubib… »
« ‘Va pas le dire à tout le monde… »
« Ah oui, il y a un truc que je dois te dire ! »
« J’écoute… »
« Le chevreuil a demandé à te causer, quand t’auras le temps. »
« On le prendra, on le prendra… »
Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Lundi 17 novembre 2008
« Quelle heure peut-il bien naître ? » me demanda le grand chêne ce matin, alors que j’était occupé à ranger le bois de chauffage. Pensant qu’il faisait allusion aux arbres abattus, je lui répondis ce que lui-même m’a enseigné : « Il n’y a pas de commencement, ni de fin, grand frère. Tout l’Univers est en mouvement, et tout mouvement est composé de forces autonomes se compensant dans la somme du Tout. La mort de tes cousins… » « … fait partie du cycle au même titre que la tienne, oui, je sais tout ça. Et pour cause. Non, ce qui m’interpelle, ce sont les tiens, de cousins. Tu es sur qu’ils vont bien ? »
« Et toi, tu vas bien, dis ? En voilà une, de question ! Je crois t’avoir déjà expliqué qu’ils étaient fous à lier, non ? Et que je ne suis jamais qu’un d’entre eux… ».
« Oui, et pas le moins complexe. N’empêche que je n’en connais plus des tonnes qui parlent aux arbres, de ton côté. Ça n’excuse pas tout, mais ça te rend plus sympathique. »
« Me voila beau, tiens. Allez, c’est quoi, qui te tracasse ? » .
« Pas mal de choses, en fait. Mais tout particulièrement la tribu de mes amis. Ou supposés tels. »
« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis : mes ennemis, je m’en occupe ? C’est ça ? »
« À peu de choses près, oui. Tu sais qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour que certains d’entre eux te fassent mourir à petit feu, mangeur de barbaque ? »
« C’est gentil de me prévenir, mais j’ai déjà survécu à pas mal d’illuminés, tu sais. Quand on est sorti plus ou moins entier de chez les petits frères et de l’alcool, on ne s’effraie plus de grand-chose à dire vrai… »
« … m’en fous… »
« … de ? »
« De toi, grand con. »
« Je t’emmerde, vieux druide pervers. Et à part ça ? Tu vas parler, à la fin ? »
« Pressé ? »
« Tu rigoles ? Mais bon, qu’est-ce qui se trame sous la ramure ? »
« Ce que j’ai sous la ramure, c’est que ces gens parlent pour moi. Sont pas foutus de parler pour eux ? »
« Ben ça va, t’as tout compris : c’est des curés new-look. Lavilliers en a une peur bleue, et il n’a pas tort. Dès qu’un humain se pique d’avoir raison pour tout le monde, il fait appel à une raison supérieure et tire sur tout ce qui ne va pas dans le bon sens.
La, pour le moment, c’est un mic-mac de trouilles plus ou moins scientifiques. Des trouilles qui, soit dit en passant, remettent une nouvelle fois l’être humain au centre de l’Univers, sans avoir l’air d’y toucher. Exit les cathos, bonjour les technos… T’en as une flopée de chapelles, mais si tu écoutes bien, ils disent tous la même chose et ça ressemble fort à un truc comme le péché originel.
Là-dessus les voilà bien obligés de se bouffer le foie, puisqu’ils ont tué Dieu et oublié les dieux. Leur drame, tu vois, c’est ça : ils peuvent difficilement retourner vers les dieux et le Grand Mouvement pour se dire une fois pour toutes qu’ils sont dans le même temps causes et objets, actifs et passifs. Comme toi, vieux schnock. Toc. »
« Je t’emmerde, barde de mes glands. Tant qu’à faire. Tout ça, je le sais aussi. Et je sais aussi que vous êtes dépassés par vos propres technologies. Ce qui en fait de nouvelles divinités, en quelque sorte. Avec tout ce que ça veut dire. Mais tout ça ne me dit pas pourquoi ils veulent parler à ma place… »
« Tu rigoles ? L’être humain est probablement le seul bidule dans l’Univers qui soit capable de haïr ses semblables au point de les faire souffrir gratuitement. Enfin : « gratuitement », on se comprend. C’est rarement gratuit pour celui qui morfle. Et ça, c’est uniformément répandu dans l’espèce.
C’est cyclique, et c’est emmerdant quand on prétend être du bon côté, du côté des gentils, de s’apercevoir qu’on peut être aussi dégueulasse que n’importe quel méchant. Toujours leur putain de dualisme, tu piges ? Le ternaire, ça passe au-dessus de la tête de la majorité d’entre eux. Et l’autocritique bien salée, c’est pas trop leur truc. Bref, les bons, pour pouvoir être méchants, ben les voilà bien obligés de faire passer leur discours par un intermédiaire. Toi, par exemple. »
« Tu veux dire qu’ils me prennent en otage, comme ils le braillent à chaque grève ? »
« Tout juste, pépère. Quand on est persuadé d’avoir raison, on veut prendre le pouvoir. Y’a pas. Et prendre le pouvoir, ça se fait rarement sans casse. Alors, tant qu’à faire, on prend le pouvoir pour-le-bien-de… Ça dédouane. On est forcément un bon.
Toi, la Terre-Mère et tout ça, c’est cool pour des gens qui ne savent plus trop bien ce que c’est : vous êtes devenus des icônes, et les icônes ça ferme sa gueule. Ce n’est pas toi, ou le panda, ou que sais-je, qu’ils aiment. C’est l’idée qu’ils s’en font, et qui passe forcément par un anthropomorphisme aussi débile que l’anthropocentrisme, dont il n’est jamais qu’une branche un peu guimauve. Même leurs mômes. »
« Quoi, leurs mômes ? »
« Tu voudrais vivre dans une humanité gouvernée par des mômes, toi ? Demande un peu au tilleul de la cour de récré ce qu’il en pense, de leurs charmants bambins pleins d’innocence. Il les idéalise pas, lui : il les voit s’envoyer les pires noms d’oiseaux, lui, et se peigner la gueule pour une connerie de gomme, j’en passe et des meilleures… »
« Pas faux, ça. Tu ne les aimes pas, hein ? »
« Qui ? »
« Les humains »
« J’ai pas à les aimer ou pas : je suis l’un d’entre eux. Mais ce qui me gonfle, c’est leur manie d’avoir raison, de se croire supérieurs, d’exclure au nom de trente-six mille bonnes causes toutes aussi éphémères les unes que les autres. Peuvent pas se foutre en tête qu’ils sont tous irremplaçables mais pas indispensables. Que l’humanité elle-même est irremplaçable mais pas indispensable.
Toutes ces conneries finissent mal. Toutes. Qu’un mec lance une idée sympa, et tu peux être sur que tôt ou tard on ferraillera en son nom. C’est pas que je ne les aime pas, c’est qu’ils m’emmerdent. La vie ? Mais bordel, c’est d’une simplicité ! Où ça se complique, c’est quand quelqu’un veut ton bien. Et il y en a toujours bien un qui n’a rien de mieux à foutre dans les parages. »
« Oui, mais la, il y a urgence, non ? »
« L’est peut-être temps de s’en apercevoir, hein ? Et puis urgence de quoi ? Sauver la planète ? La planète, bleue ou vert pistache, elle survivra jusqu’au jour où le soleil la bouffera avant de se faire bouffer à son tour. Ce qu’ils veulent sauver, c’est surtout leur petit cul plein de culpabilité. C’est leur bien. Pas le tien, ni le mien : le leur. Leur confort moral, honteux ou assumé. Si ça passe par ta survie, t’as du bol. Si t’es dans leur chemin, fais gaffe. Oh, et puis merde : tu m’as mis de mauvais poil, sur ce coup-la. T’es fier ? »
« Un peu, oui. J’aime bien quand tu sors de tes gonds. Alors dis-moi pourquoi tu me cause, toi ? T’as envie de sauver la planète aussi ? Ou l’humanité ? Ou tes petites fesses ? »
« Petites ? N’exagère rien, hein. L’est bien, mon cul. J’ai envie de rien sauver du tout : je te cause parce qu’à force de te supporter j’ai fini par me reconnaître en toi, tête de lard. Tes atomes ou les miens, c’est kif-kif, mais arrangé autrement. Et il n’y a pas un poil de vide entre nous. Autrement dit – c’est tout particulièrement emmerdant dans le cas d’un pèle-panse dans ton genre – si on te fait mal, ça me fait mal et j’aime pas ça. Même chose pour les autres bipèdes. Tous, même les plus gros enfoirés. »
« T’es trop bon… »
« C’est ça, fous-toi de moi. La haine, ça me fatigue. C’est tout. Et ça finit toujours par te rebondir dans la gueule. J’ai essayé. »
« Donc, tu tends l’autre joue… »
« Essaie, pour voir. J’évite la bagarre, comme n’importe quel animal sauvage. Mais quand il faut, ben il faut. Et alors je ne fais pas dans la dentelle, parce qu’il y a un temps pour tout et que le temps de la bagarre, moins ça dure, mieux je me porte. »
« Hum… tu dis tout et son contraire, la, non ? »
« Probable. Mais la vie, c’est ça. C’est tout et son contraire. En même temps, le plus souvent. C’est le ternaire, le mouvement. Pas de quoi paniquer. »
« Pas de règles, donc ? »
« Pas de principes, en tout cas. Et des règles juste ce qu’il faut pour pouvoir les respecter.
Le reste, c’est du baratin qui varie selon les époques et le lieu où tu te trouves. Tu suis ça pour avoir la paix. Contester un système, c’est le valider : t’es donc perdant à tout point de vue. Je ne conteste rien pour la bonne raison que je m’en fous ; et l’iniquité ne m’emmerde que parce qu’elle finit tôt ou tard par me pourrir la vie d’une manière ou d’une autre. »
« C’est bien ce que je disais. On n’en sort pas : t’es du côté de ceux qui veulent sauver la planète, même si c’est par pur égoïsme. Ce qui m’étonnerait, soit dit en passant. »
« Monsieur est trop aimable…
Alors écoute-moi bien, vieux machin plein de nœuds : j’ai longtemps cru que je t’aimais, et la « nature » avec toi, alors que je ne faisais jamais que sauver les meubles. C’est le peu d’amour que j’avais pour moi que je plaçais en toi. Tu ne peux pas imaginer à quel point je me suis haï, et pour combien de raisons. J’ai bien failli en crever, et risqué de faire de solides dégâts au passage.
C’est toi qui m’as sauvé. Enfin non, pas toi : le placement que j’avais fait en toi. Parce qu’un jour j’ai pigé que ce placement n’avait été possible que parce que tu l’avais accepté, et que si tu l’avais accepté c’est parce que tu savais, bien avant moi, que j’étais en toi autant que toi en moi. La question n’était pas de savoir si j’étais bon ou mauvais, ni même qui j’étais : j’étais, et ça te suffisait. Donc, ça devait me suffire à moi aussi.
Puis c’est à force de te regarder vivre que j’ai appris que tout finit par s’équilibrer pour autant qu’on vive – et qu’on se vive – pleinement. Et que rien n’est fini. Jamais. Pas simple, d’autant que je n’ai jamais été aussi bas dans ma vie qu'à cette époque.
Bref, dans le même temps où je me pulvérisais pour me reconstruire, tu pulvérisais ma perception de l’univers pour la reconstruire. Mais ça, tu ne le comprends qu’après : pendant, tu te crois définitivement foutu. Et t’es pas le seul.
Tout ça pour te dire que c’est en me sauvant moi-même (si cette expression a un sens) que j’ai pris conscience de ton importance, de notre absolue équivalence, de notre interaction bien au-delà de toute donnée scientifique fut-elle révolutionnaire. Que personne ne me demandait de haïr ou d’aimer, mais simplement de dépasser tout ce fatras idéologique et de prendre conscience de ma dimension en me fondant à l’Univers autant que mon évolution le permettait, sans crainte d’aller trop loin : j’étais vivant !
Le reste, ensuite, coule pratiquement de source, même si chaque goutte de cette source t’apporte quelque chose de neuf qui t’invite à aller plus loin. Non pas pour être meilleur mais pour être d’avantage, plus intensément. Ce qui est probablement le meilleur moyen que je connaisse pour m’éviter les conneries. Même si, le cas échéant, elles sont dans l’air du temps ou de la morale de l’époque. »
« T’éviter les conneries ? »
« Oui. Me les éviter. Les autres, je ne sais pas. Tu sais comme moi que nous sommes à la fois Tout et partie du Tout : chacun va son chemin.
La seule chose que tu puisses faire pour les autres, c’est parler de toi au cas ou ils auraient quelque chose à en tirer. Et de rester près d’eux s’ils se cassent la gueule. Si ça ne les énerve pas plus qu’autre chose et sans en profiter pour leur faire la morale. C’est à sa capacité d’écoute qu’on reconnaît un pote, pas à celle de te fourguer ses solutions à tes problèmes. Un pote, c’est pas un marchand d’occases. »
« Ouais. Et la planète là-dedans ? »
« T’as décidé de ne pas me lâcher la grappe, toi, hein ! La planète ? On s’occupe d’abord de nos fesses, et le reste suivra. »
« Trop court ça, non ? »
« Pour un ado, oui. Et c’est très bien, il est dans son rôle. Mais avec le temps tu te dis que si chaque être humain levait son cul d’un seul petit millimètre, tout ça cumulé ferait un paquet de mètres d’altitude gagnés. »
« Tu y crois ? »
« Pas vraiment. L’Ecclésiaste, tu connais ? Un des seuls livres vraiment universels, à mon sens. Mais tout finit par muter un jour ou l’autre, alors… »
« Alors ? »
« Tu te souviens que j’ai été gendarme, non ? »
« Quel rapport ? »
« Pandore, vieux gland… Pandore… »


Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Samedi 15 novembre 2008
Salut les nazes ! Moi c’est Gustave. Gustave Falmizoulle, dit « le stave ». Profession, tueur à gages. Je bosse pour la maffia de Petite-Mormont, mais des fois je fais dans le sur-mesure pour les potes. Là, tu vois, je m’équipe pour monter du côté de Mons régler deux ou trois trucs pour le mec qui alimente ce blogue avec une irrégularité à toute épreuve. Ouais, le Pat c’est mon pote. T’as rien contre, j’espère ? Parce que moi, non.

Quand tu bosses pour le Pat, t’es payé en légumes et en poulets. Ça change. Et puis c’est jamais pour un petit coup de surin à la sauvette, façon parapluie bulgare : quand le Pat crise, t’es mûr pour sortir l’artillerie lourde. Faut que ça fasse dans le charnier, quoi. Bien. Là, ça va chier.

Bref, l’autre jour – j’étais en train de faire du gringue à Lucette, la môme de la guinguette à Robert – le Pat me sonne, sévère : « Salut le Stave, j’ai un truc pour toi à Classic 21. Tu vois ? Là où t’as punaisé la gonzesse au prénom de virus dans un placard après les vacances. Lady proûte-my-dear, ouais…

« Ce coup-ci, c’est plus grave. C’est la pub qui me rend nerveux, et ils font dans le cumul. Sais pas ce qu’ils ont comme vérole du côté de la régie publicitaire en ce moment, mais c’est pas de la rhinite, c’est du sévère qui tape aux neurones.

« Alors primo, tu vas aller chatouiller les burettes du connard qui n’arrête pas de répéter sur un ton débile qu’il veut le plus beau Noël pour épater les invités. Plus ringard que ça, tu meurs. Sais pas dans quelle radio locale ils ont été me chercher cette pub de merde, mais je m’en fous : tu me massacre la chose.

« Ça te fera un petit échauffement pour le truc bien saignant qui vient après : en te baladant dans les studios, tu devrais croiser une pétasse exécutive qu’arrête pas de sortir de sa douche direction un marchand de bouffe merdique toute faite pour trous-du-cul friqués. Tu la suis. Et quand elle demande : [ Et vous, vous faites comment ? ] tu lui explose les ganaches à grands coups de batte de base-ball puis tu renvoies la bidoche bien attendrie du côté de l’Avenue Louise, ok ? J’enrage de ne pas pouvoir lui en coller cinq en travers de la gueule chaque fois que je l’entends, et on l’entend souvent. Trop. Alors tu fais ça pour moi, à fond, et tu me rapporte une ratiche comme porte-bonheur. »

Voilà, voilà. Avec le Pat, on discute pas : quelques étirements, et je saute dans ma Lada, direction les studios de Classic 21. M’est avis que je ne vais pas être trop mal accueilli, et que Guyot est bien foutu de me guider vers la retraite des deux blaireaux histoire de gagner du temps. Va juste falloir faire gaffe à pas trop tacher. ‘Sont pas riches, dans le service public.

Allez zou : en route pour de nouvelles aventures !

PS : tout ça mis à part, Classic 21 émet aussi sur la Toile, et l'essayer c'est l'adopter. Bon, des fois ils passent la gueularde starakkkienne au prénom de canard (Daffy, ou un truc pareil), mais c'est entre Led Zep et Neil Youg et 'faut bien bouffer, hein... Le lien est dans la rubrique ad-hoc, mon capitaine...

Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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