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Bardiques

Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /2009 13:41
Les faits que je vous invite à (re)découvrir sont exemplaires à plus d'un titre. Car la saga d'Ambiorix, si elle a marqué l'entrée en fanfare de l'Ardenne dans la “ grande „ histoire et failli modifier le cours de celle-ci, reste singulièrement méconnue.

La faute incombe, sans équivoque, aux multiples tentatives de récupérations nationalistes d'une vision de l'univers celtique issue des variations romantiques du XIX° siècle. Les uns ayant tout intérêt à minimiser (quand ce n'est occulter) l'importance de la révolte “ Belge „, les autres à faire d'Ambiorix un héros national ou nationaliste, ont également brouillé les cartes. Beaucoup plus gravement – au sens crétin du terme – qu'Astérix qui, lui au moins, a le mérite de nous faire, vraiment, rire.


Et ce n'est pas fini.

Par ces quelques lignes, quand même j'ai utilisé des ressources fiables pour le faire, je ne prétends rien proposer d'autre qu'une honnête vulgarisation.

Vos commentaires - sensés - sont les bienvenus.

I : L'ARDENNE CELTIQUE

Loin des caricatures romantiques, trop souvent faire-valoir des nationalismes en ébullition au XIXème siècle, les recherches les plus récentes nous permettent de mieux discerner les traits de ce que furent les Celtes et leur civilisation.

Car c'est bien d'une civilisation dont il s'agit : même si leur unification politique ne fut jamais réalisée, les différentes tribus d'origine indo-européenne généralement désignées de nos jours par le vocable de “ Celtes „ partageaient une langue, un mode de vie, un art et des pratiques religieuses très semblables. Très semblables, très évoluées, et en contact étroit avec les civilisations voisines.

Aux confins des périodes de Hallstatt et de la Tène - vers 475 avant l'ère chrétienne – la partie orientale de l'Ardenne est colonisée par une population celtique. Celle-ci s'établit sur un territoire de quelque 1.500 km², englobant les localités de Neufchâteau, Bastogne, Houffalize et Gouvy. Les limites de cette zone sont établies grâce à la présence de leurs tertres funéraires : les “ tombelles „.


L'occupation celtique de l'Ardenne se manifeste également par la présence de fortifications sur des hauteurs naturelles, dont la superficie varie de quelques ares à 12 hectares. Certaines d'entre elles remontent aux VI°-V° siècles avant l'ère chrétienne, d'autres datent - ou ont été remises en fonction - du Ier siècle avant celle-ci.

Soit à l'époque qui nous intéresse particulièrement. Celle ou Jules César va envahir la Gaule et parvenir sous nos latitudes. Y apportant entre autres une manière de civilisation qui lui ressemble, et qui n'a pas fini de nuire.

Une histoire qui, pourtant, a bien failli connaître un tout autre dénouement. Et l'Histoire avec lui.

LES TRIBUS ARDENNAISES

Quelques précisions ne sont sans doute pas inutiles avant de tenter une énumération des différentes tribus peuplant l'Ardenne à l'époque.

La première tient à la notion même d'Ardenne. Car si, de nos jours, les avis divergent à quelques kilomètres près lorsqu'il s'agit de définir les limites de l'Ardenne, il faut se replacer dans le contexte des temps ou César : “ (...) partit lui-même pour la guerre d'Ambiorix, par la forêt d'Ardenne, qui est la plus grande de toute la Gaule, et qui, s'étendant depuis les rives du Rhin et le pays des Trévires jusqu'à celui des Nerviens, embrasse dans sa longueur un espace de plus de cinq cents milles „ Soit quelque 700 km !

Par commodité, j'ai pris le parti de circonscrire l'Ardenne aux limites de la “ hure „ qu'elle dessine par un curieux hasard (?) sur les vues prises par satellite.

Il n'est pas inutile non plus de rappeler que les frontières de l'époque sont autrement poreuses et fluctuantes que celles que nous connaissons actuellement.


Et que, pour corser encore l'affaire, nous nous situons alors au moment de la dernière “ poussée „ celtique d'Est en Ouest, celle des Germains. Aussi les chercheurs parleront-ils souvent de “ tribus celto-germaniques „ pour désigner les arrivants plus récents, au nombre desquels se trouvent les Éburons.

Avec les Trévires, les Éburons constituent les deux tribus les plus puissantes au regard de César. Occupant le nord (Éburons) et le sud (Trévires), ils partagent l'Ardenne avec trois autres tribus notoires - Aduatuques, Condruses et Cérèses – toutes également qualifiées de “ Germani „.

Cette énumération n'est sans doute pas exhaustive : à l'instar des Sègnes, d'autres petites tribus – germaniques mineures ou résiduelles du peuplement antérieur – ont du cohabiter avec celles que l'histoire a particulièrement mises en lumière.

II : LA PLUS TERRIBLE DÉFAITE ROMAINE DE LA GUERRE DES GAULES

En -57 César, adepte du “ diviser pour règner „, émancipe les Éburons de la tutelle des Aduatuques. Mais après la mauvaise récolte de blé de -54, une tension s’installe entre les Éburons et le conquérant qui, à la même époque, fait assassiner le chef Éduen Dumnorix.

Les Trévires jugent le moment opportun pour une grande révolte gauloise. Et ils ont besoin d'une diversion.

C'est dans ce contexte que les Éburons vont attaquer le quartier d’hiver de la XIVe légion romaine. L’attaque échoue. À première vue. Car la ruse n’apparaîtra qu’ensuite, et de telle manière que la simple diversion va devenir l'un des faits d'arme les plus marquants de la Guerre des Gaules.


Les chefs du camp, Cotta et Sabinus, demandent en effet à Ambiorix – instigateur de l'attaque, et qui partage alors la royauté éburonne avec Catuvolcos - les raisons de son comportement : pourquoi les avoir attaqués, alors qu’ils sont en bons termes ? D’ailleurs, que pouvait-il espérer, avec ses faibles troupes, contre la puissance romaine ?

Ambiorix répond qu’il n’a pas eu le choix, qu’il devait attaquer parce qu’il se sentait obligé de collaborer au projet gaulois d’offensive de grande envergure.

Les officiers le remercient de la mise en garde et décident, par souci de sécurité, de se joindre à d’autres garnisons des environs. Les Légions Gemina et Gemina Martia Victis plient les tentes, et abandonnent leurs quartiers.

En chemin, dans une vallée étroite, Ambiorix attaque. Ses tactiques vont infliger aux Romains leur plus sanglante défaite de toute la Guerre des Gaules.


LA GARNISON

Au cantonnement d’Atuatuca on trouve la XIVème légion (Gemina Martia Victis) et la XIIIème légion (Gemina). Cette dernière semble avoir été, au moment des faits, amputée de la moitié de son effectif. C’est ainsi que le chiffre généralement admis est de 15 cohortes présentes dans le camp au moment des faits.

Si l’on se base sur l’organisation de Marius – que César va réformer - une légion se compose de 10 cohortes numérotées de I à X. Les cohortes de II à X sont composées de 6 centuries à l’effectif (quand il est complet) de 80 hommes. La I° cohorte, traditionnellement la plus prestigieuse, est pour sa part composée de 5 centuries à double effectif.

Ce qui nous donne, à effectif complet, 5.120 fantassins pour la XIVème légion, et 2.400 pour la XIIIème dans l’hypothèse suivante : contrairement à la XIVème légion, celle-ci n’a pas été reconstituée à la suite des événements qui nous occupent ; on peut donc raisonnablement supposer que sa I° cohorte se trouvait, en compagnie de quatre autres, détachée. Son Aigle  aura suivi, ou aura été sauvée.

Chaque légion était complétée par un corps de cavalerie disposant de 120 à 300 cavaliers. Il est présent lors du simulacre d’attaque du camp. Mais il n’en est plus question dans aucun des récits de l’embuscade. Le fait est suffisamment significatif pour nous permettre de supposer que la majeure partie de la cavalerie, sinon son entièreté, ne se trouvait pas – ou plus – sur place au moment de l’engagement.

Nous voici donc en présence de 7.520 hommes et de leurs officiers. Ajoutons-y le personnel affecté au transport des bagages, quelques corps de métiers et un bon millier de mercenaires engagés dans les troupes légères de gré ou de force : le chiffre de 9.000 romains ou assimilés dans le campement nous semble raisonnable.

DÉROUTE ROMAINE

Neuf mille. Quittant le camp : “ sur une longue file, avec un nombreux bagage „, précise un César passablement irrité. On laissera aux légions de Rome leur discipline, et leur aptitude à la marche : cette colonne devait s’étendre sur 4 à 6 km. Attaqués dans “ une vallée profonde „. Pas bien loin : “ 2.000 pas environ „. Soit quelque 1.500 mètres, sur base du pas romain (0,741 m). Une distance que les légionnaires franchissent en ¼ d’heure environ, à leur train de marche normal.

Si l’on suit le récit fait par César, sur base de témoignages rapportés par des survivants épuisés à des officiers du camp de Labiénus (plus éloigné que celui de Cicéron, lequel se trouvait à 50.000 pas – 37 km), l’arrière garde et nombre d’autres Romains ne peuvent matériellement pas avoir quitté le camp, au moment de l’attaque.

De fait : “ Parmi eux, le Porte-Aigle Lucius Pétrosidius, pressé par une multitude d’ennemis, jette son Aigle à l’intérieur du retranchement et se fait tuer devant le camp (…) „. À la nuit : “ tous, jusqu’au dernier, désespérant de leur salut, se donnent la mort „.


Les survivants arriveront ensuite pèle-mêle chez Labiénus. Avec l’Aigle de la XIVème légion. Sauvée, puisque César ne tardera pas à reformer cette unité. Ce qui n’eût pas été le cas si son Aigle avait été prise.

Autant de considérations qui nous font entrevoir le fait peu commun d’une armée romaine mal commandée, prise de panique, et dont les unités se trouvent isolées, se débandent ou se réfugient dans un camp qu’elles ne parviendront pas à tenir ensuite.

L’effet de surprise a été total, les troupes d’Ambiorix particulièrement impressionnantes et disciplinées : on est loin des archétypes, et la dégelée est de taille. C’est même LA dégelée de César en Gaule, tant du point de vue des pertes humaines et matérielles, qu'à celui de l’impact psychologique. Quinze  cohortes et leur suite anéanties en quelques heures, ça laisse des traces.

OÙ ?

Soit. Tout ça ne nous dit pas où les faits se sont passés, précisément. Si l’on se fie au récit de César – basé sur des témoignages recueillis, il est vrai, dans les circonstances que l’on sait - trop d’indices ne “ collent pas „ avec une Atuatuca située à Tongres, ou non loin de son emplacement actuel.

La vallée du Geer, une “ vallée profonde „ ? Les Romains, même sous le contrecoup d’une terrible panique, même tentant de se justifier comme ils le peuvent, sont des guerriers et connaissent bien le relief de nos contrées. Ils n’ignorent pas ce que peut être une vallée profonde.

Alors, où ? Faut-il suivre certains historiens allemands lorsqu’ils avancent que « Atuatuca » pourrait avoir été un terme générique, désignant un campement – refuge ? Et qui cherchent le lieu du désastre plus à l’est ?

De fait, d’après César les Éburons n’avaient pas d’oppidum. Le terme “ Aduatuca „ peut donc être local et désigner une place fortifiée, dans le sens de “ refuge „. Cette interprétation ferait occuper au camp des légions de Sabinus et Cotta  un “ castellum „ ou “ Aduatuca „ d’environ 2 hectares et ne correspondrait pas au nom officiel d’une localité gauloise.

Arsène Buchet, dans sa remarquable étude sur “ Verviers, de ses origines jusqu'avant son érection en ville „ nous dit à ce sujet : “ Comme on le sait, le texte (...) de Jules César ne fournit pas d'indications précises permettant d'identifier sûrement le site (...) Depuis le siècle dernier, cette localisation a notablement varié. Après Berg-lez-Tongres, Limbourg, Embourg, Julémont et autres lieux, voici qu'on propose à présent Caster (Lanaye), Balmoral (Spa) et Eschweiler (Aix-la-Chapelle). En ce domaine, il convient de ne pas confondre l'Atuatuca Eburonum avec l'Oppidum ou, en 57 avant J.-C., la peuplade des Aduatiques se réfugia après la défaite des tribus belges à la bataille de la Sabis (la Selle, affluent de l'Escaut) „

L'affaire n'est pas simple à démêler, on le voit. D’autant que le bruit circule, selon lequel le champ de bataille aurait été récemment découvert. Un de plus ? À suivre, donc. En attendant, l’énigme demeure. Et Ambiorix court toujours !

CÉSAR RÉAGIT

Il court même à l'assaut ! Car dans la foulée, avec les Nerviens, les Aduatiques et les Ménapiens, Ambiorix organise un raid contre une autre garnison romaine de la vallée de la Meuse : celle que commande Quintus Cicéron, neveu de Cicéron.

Seule l’intervention de César en personne, à la tête de ses troupes avançant à marches forcées, évitera de peu un nouveau désastre qui aurait sans doute complètement changé la face de l'Europe et considérablement modifié le cours de l'histoire !

Sa vengeance contre les Belgae, terme générique qu’il emploie à propos des tribus du Nord de la Gaule, sera on ne peut plus sanglante. Certains historiens parlent même de génocide. Le pays est dévasté et les femmes et enfants emmenés comme butin de guerre.

Un des rares guerriers à échapper à la strangulation est Ambiorix, qui s’est littéralement volatilisé. Il aurait traversé le Rhin et se serait réfugié parmi les Germains.


Extermination ? Génocide ? Sans doute  César n’épargna-t-il pas les Éburons. Mais le manque de chiffre annoncé dans “ De Bello Gallico „ - où César est ailleurs prolixe lorsqu’il s’agit d'annoncer avec force détails le nombre d'ennemis tués et d'esclaves vendus lors de ses victoires - montre qu’il eut bien du mal de mettre la main sur les Éburons.

En fait ceux-ci, sur ordre d'Ambiorix, prennent le maquis tandis que son armée se divise. Elle va mener pendant plusieurs années une guerre d'usure et de guérilla. En - 52 ils ne sont plus cités pas César ; leur nom disparaît de l'histoire.

Est-ce à dire qu'ils furent remplacés par une autre tribu d'origine germanique : les Tungri ? La chose est peu vraisemblable. Car ni César, ni Tacite, ni aucun autre auteur romain ne mentionnent cette tribu ailleurs que sur le territoire éburon.

En fait il est douteux que les Éburons aient entièrement disparu. Et plus vraisemblable, par contre, qu'ils se soient nommés eux-mêmes “ Tunger „ et que ce nom (désignant la “ langue „ à la fois en tant que telle et en tant que “ parole „) ait été substitué au vocable “ Éburon „ par des survivants sans doute soucieux de se faire un peu “ oublier „ par le conquérant une fois le calme revenu.

III : AMBIORIX EN ARDENNE ?

Ambiorix ne fut donc jamais capturé par César. Celui-ci lui adresse même quelques lignes épiques dans “  De Bello Gallico „. Touché, le Jules, par la personnalité de son ennemi ? On peut en douter. Mais fin stratège : à défaut de pouvoir lui faire subir un sort particulièrement humiliant et cruel, César ne peut avoir perdu la face – et rasé sa barbe en dépit d'un serment - que devant un personnage hors du commun, quasiment mythique.

Alors, Ambiorix en Ardenne ? Pour échapper à la fureur des Romains ? La chose est certaine.

Selon César, la région centrale du pays Éburon se trouve entre la Meuse et le Rhin. Ces fleuves forment les deux côtés d’un triangle dont le sommet se situe, au nord-est, à leur embouchure dans la mer du Nord ; et la base, au sud, en Ardenne-Eifel. Au-delà commence le pays Trévire.

Après le massacre des Légions de Sabinus et Cotta, César contre-attaque puis se livre à une série de représailles sanglantes contre les Éburons, et les Belges en général. Les ralliements, plus ou moins sincères, sont nombreux.

Les Éburons, quand ils ont survécu à la vengeance de César et aux pillages de tribus venues de Germanie, ne constituent plus que l'ombre d'un peuple sur lequel Ambiorix ne peut plus compter.

Bref, c'est un guerrier isolé qui, durant quelques années encore, va échapper aux pièges de César et de ses alliés, tout en poursuivant la guérilla.

Où ? En Ardenne, essentiellement : “ (César) arrête de marcher en personne avec les trois autres, vers le fleuve de l'Escaut, qui se jette dans la Meuse, et de gagner l'extrémité de l'Ardenne, où il entendait dire qu'Ambiorix s'était retiré avec un petit nombre de cavaliers „.

Par ailleurs : “ Les Sègnes et les Condruses peuples d'origine germaine, qui habitent entre les Éburons et les Trévires, envoyèrent des députés à César, pour le prier de ne point les mettre au nombre de ses ennemis... „ Ce qui limite encore le champ d'action “ fiable „ de l'Éburon au sud de la Meuse et à l'est de l'Ourthe orientale.


Précisément, en remontant le cours de l'Ourthe (S) au départ de son confluent avec la Meuse, l'on rencontre successivement les confluents de la Vesdre (E), et de l'Amblève (S-E), avant celui des deux Ourthes, dont la branche Orientale naît à Ourthe, non loin des sources du Glain (ou Salm) lui-même affluent de l'Amblève. La boucle est bouclée.

Est-ce par hasard que la légende locale fait du Steinemann (l'homme de pierre), situé sur le territoire d'Espeler à mi-chemin entre les sources de ces deux dernières rivières, le tombeau de... Cotta ?

UN “ RÉDUIT ÉBURON „ IDÉAL

Tactiquement, ce “ réduit du nord-est „ est devenu le dernier endroit où Ambiorix et ses hommes peuvent vivre dans une tranquillité relative, tout en y poursuivant la lutte. Une base arrière idéale, en fait.

Le relief, particulièrement accidenté, présente à la fois autant de difficultés et de dangers pour l'ennemi, que d'opportunités tactiques et stratégiques pour Ambiorix. Propices aux embuscades, les vallées encaissées y sont surplombées de crêtes et de plateaux constituant autant de postes d'observation. Il y dispose également de points fortifiés, dont certains ont pris de l'ampleur au fil des siècles.

Le terrain, outre sa topographie, est couvert de forêts et de tourbières facilitant la retraite. Et la région est bien située pour lancer des incursions en profondeur vers l'ouest, menées par de petits groupes de guerriers n'ayant plus rien à perdre.


À l'est, le roi pourchassé possède encore quelques alliés chez les Germains ; et les Trévires, au sud, ont une dette envers lui.

Mais aussi, mais surtout, il s'y trouve un argument de poids : l'or !

Celui-ci, alluvial ou natif, affleure partout dans la région. Les vestiges de tertres d'orpaillage, et une mine située non loin de la Baraque de Fraiture, en attestent. De même que la présence de nombreuses fortifications, déjà évoquées.

Sans doute, à l'époque, les filons ont-ils déjà été exploités. Mais tout porte à croire qu'il reste assez de métal précieux. Ambiorix dispose donc de ressources pour acheter les biens nécessaires à la poursuite de la guérilla.

Et le silence, si ce n'est la complicité, des tièdes.

AMBIORIX ENTRE DANS LA LÉGENDE

Combien de temps Ambiorix parvient-il à mener des opérations concertées ? On situe généralement la fin de la guérilla éburonne, organisée, vers 51 avant notre ère. L'indice est de taille.

Rusé et sans pitié, mais ni plus ni moins que les autres chefs militaires de l'époque, Ambiorix était admiré et apprécié par son peuple. Par ailleurs, César ne lui prête pas d'actes de cruauté propres à rallier les hésitants. Sur le point d'être pris par les Romains, ses proches n'hésitent pas à se sacrifient pour le protéger.


Par ailleurs, s'il paraît évident que César, impatient de devenir premier à Rome, a tout intérêt à occulter au plus vite toute trace de résistance en Gaule, il est tout aussi évident qu'un homme tel qu'Ambiorix, en pareilles circonstances, ne peut indéfiniment échapper à la mort, ou décider de sauver ce qui reste de ses fidèles.

Le vainqueur de Sabinus et Cotta, qui y avait déjà un pied, entre alors dans la Légende.

Est-il mort ? En ce cas, ne pourrait-on soupçonner le “ Tombeau de Cotta „ d'être, en fait, celui de son vainqueur ?

S'est-il réfugié chez les Germains qui, on l'a vu, sont tout proches ? Et dont les Éburons sont à tel point parents qu'on les qualifie de “ celto-germaniques „ dans une zone d'interpénétration qui subsiste de nos jours, et dans un contexte ou le terme de frontière n'a, à tout le moins, pas le sens que nous lui prêtons. La démarche serait logique.

Mais rien ne vient étayer une thèse plus que l'autre.

LA LÉGENDE COURT TOUJOURS

Quoi qu'il en soit, César n'obtiendra jamais la tête de son ennemi.

Et il n'est pas douteux que des actes isolés, plus ou moins apparentés à des actions de résistance, ont du perdurer bien après -51. De là à y voir l'ombre d'Ambiorix il n'y a qu'un pas.

Franchi, depuis plus de 2.000 ans et par autant de biais, par la légende. Qui court toujours, et le Roi des Éburons avec elle.

Ainsi le mythique Cheval Bayard est-il intéressant à plus d'un titre. Car il existe d'étranges similitudes entre Ambiorix - par ailleurs chef d'un peuple faisant figurer le cheval sur certaines de ses monnaies -  échappant éternellement à ses poursuivants sur un destrier fougueux, entouré par quatre cavaliers, et la légende des Quatre fils Aymon. Pour ne parler que d'elle.

Mais ça, c'est une autre histoire.

Mab Taran



Note :

Depuis 1866, la statue d’Ambiorix (“ véritable jeu d’erreurs qui concentre sur elle à peu près toutes les idées fausses que s’est fait le XIXème siècle au sujet des Gaulois „ - Source : “ Le Soir „) se dresse sur la Grand-Place de Tongres, la plus vieille ville de Belgique, qui abrite un Musée gallo-romain (www.limburg.be/gallo ). C'est elle - faute de mieux - qui illustre l'article.

Sources :

“ Les Celtes „ EDDL - Paris - 2001 - ISBN 2-23700-484-6 - 710 pages
Jules César “ De Bello Gallico „
“ Wéris, capitale belge des mégalithes „ - Cercle historique “ Terre de Durbuy „ asbl – 2005
Jean-Louis Bruniaux : " Les Druides – des philosophes chez les barbares „ - Le Seuil – 2006 – ISBN 2.02.079653.8
Gerald Messadié : " Histoire naturelle de Dieu „ - Robert Laffont – 1997 – ISBN 2-221-07988-4
Henri Gratia : " Au Coeur de l'Ardenne mythique „ - Weyrich – 2002 – ISBN 2-930347-10-4
Le Robert Historique de la langue française

Sur la Toile :

http://www.museedesceltes.be/fr/index.php
http://home.scarlet.be/~natuured/hautesfagnes/texteshautesfagnes/8filonor.htm (Or en Ardenne)
http://perso.wanadoo.fr/jean-francois.mangin/z_index_romain.htm  (De l’antiquité au moyen-âge)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Accueil (Wikipedia)
http://www.net4war.com/index.htm  (Champs de bataille)
http://www.romanarmy.net/ 
http://www.roman-britain.org/main.htm
http://eburons.canalblog.com
http://www.atuatuca.de/v2/infos/francais.php

Crédit photos :

romanarmy.net
eburons.canalblog.com
... et Patrick Germain
Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques - Communauté : Les blogs régionalistes
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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /2009 17:12
Ce n’est un secret pour personne : avant sa conversion miraculeuse, saint Hubert n’était pas un saint. Il en va souvent de la sorte, soit dit en passant. Ainsi donc, lorsqu’il se retrouva devant saint-Pierre pour faire les comptes, notre Hubert ne fut-il pas un peu gêné aux entournures lorsque le maître des clefs lui fit le décompte des labours saccagés lors des grandes chasses : tant par-ci, tant par-là, il y en avait pour un fameux paquet d’épautres. Sans compter un autre paquet. De jurons, celui-la, proférés par les manants lorsqu’il s’agissait de remettre de l’ordre dans la campagne une fois Hubert et ses compères rassasiés. Pas sérieux, tout ça. Du tout du tout.

Bref, il allait bien falloir trouver une solution à cette histoire. Une compensation, tout au moins. Faute de quoi, le Patron avait été formel : “ tintin pour l’auréole ! „

Pas simple. Eût-il été bouddhiste ou quelque chose du genre, Hubert se serait retrouvé réincarné en manant pour lui faire les pieds. Mais ce genre de chose n’ayant pas cours chez saint-Pierre…

“ Ceci dit, osa Hubert, j’aurais bien une petite idée mais… „ “ Bah, dites toujours „, répondit saint-Pierre. “ Bien. Si vous avez le décompte de mes chasses, vous avez aussi, par le menu, le détail de tous ceux qui y participèrent ? „ “ Certes, dit le portier, mais n’allez pas m’inventer de faire payer vos pots cassés par un de vos joyeux compère : leur temps viendra, s’ils ne sont pas déjà en train de macérer au purgatoire, ou plus loin encore… „ “ Non pas, non pas, poursuivit Hubert. Mais s'il était question de Hora, mon cheval ? „

Saint-Pierre se gratta un moment la tête : l’idée n’était pas mauvaise en soi, et ce cheval bienveillant ne ferait pas désordre au pays d’Ardenne encore sous le charme d’Épona, la déesse-jument. Hubert s'était déjà chargé du cerf, alors, tant qu'à faire... Restait à savoir ce qu’en pensait Hora lui-même.

Sitôt convoqué, voici Hora devant saint-Pierre et son ancien maître, auquel il adressa à peine un regard : en bon ardennais, Hora avait la mémoire tenace et les cicatrices de coups d’éperons chatouilleuses. Et quel bel animal, dont la luisante tunique noire aux extrémités blanches faisait saillir une puissante musculature soutenue par un pied assuré. Un vrai seigneur !

Quant à savoir s’il était d’accord pour retourner sur terre : “ Sur terre ? Jusqu’à la fin des temps ? „ Saint-Pierre, bien que redoutant quelque rebuffade, n’en était pas moins déontologiquement tenu à la plus stricte honnêteté, aussi ne faut-il pas le dernier étonné lorsque le Hora, mis au fait, accepta.


À une seule condition : “ C’est d’accord. Et plutôt deux fois qu’une. J’irai donc réparer les bourdes de l’autre saisi. Mais on ne change pas d’avis, hein ! Je n’ai aucune envie de m’en retourner supporter les grands airs des ânes, boeufs et autres agneaux dans vos saintes pâtures, moi. On n’aime guère ce qui est remuant, chez vous ! Ce qui est dit est dit ! Et cochon qui s'en dédit !„

Et sans attendre, Hora se lança d’un bond vers la terre d’Ardenne. Mieux. Pour être bien sur que pas même un saint ne viendrait le rechercher, il choisit pour lieu d’élection les terroirs du Nord, où de profondes vallées entrecoupent de rudes terres, froides, humides et couronnées de fanges.

C’est là, le plus souvent, qu’il remet les égarés sur le bon chemin, laboure les terres ou rentre les récoltes menacées par l’orage lorsqu’un brave censier risque de tout perdre. Et même si les temps ont changé, il n’est pas rare d’entendre encore de nos jours évoquer Hora - “ le Cheval de Bon-Secours „ - lorsqu’un mystérieux hennissement retentit dans la nuit, prélude à quelque bonne fin d’une affaire pourtant mal engagée.

Et Bayard, là-dedans, me direz-vous ? Rien à voir. Ou si peu. Enfin, on ne sait pas trop. Car, à chaque fois que la question revient sur le tapis, retentit le rire d’Épona. Allez savoir…


Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques - Communauté : Une Ardenne, des terroirs
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Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /2009 13:27

Peut-être alors, un jour de grand silence ou nous aurons tourné le bouton des moulins à parole, nous retrouverons-nous près du ruisseau, à la source. Il y a là des arbres aux racines secrètes qui fouillent sous la berge la mémoire du temps. Nous étions, souviens-toi, des poussières d'étoiles avant cette saison d'argiles passagères, et nous reconnaîtrons dans ce qui nous entoure la présence du Tout, intense et fraternelle au-delà des paraître.



Il n'y aura alors ni commencement ni fin, ni élus, ni punis : juste un instant du monde où nos voix s'unissant à la voix des racines, du ruisseau et des pierres, nous fondront l'un dans l'autre sur la note parfaite et la note parfaite à l'Harmonie du Tout. Un jour, alors, près du ruisseau, nous saurons que l'exil n'était qu'une apparence, que nous avons marché l'un à côté de l'autre de toute éternité, que nos yeux sont ouverts sur notre temps d'aimer.


Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques
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Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /2009 14:18

À l'heure ou les acteurs traditionnels ayant vocation de veiller à l'équilibre social de la société sont débordés par l'offensive tous azimuts du dieu financier et de ses serviteurs ;


à l'heure ou, par son manque de solidarité façe au cynisme des puissants, la classe moyenne tend à s'évaporer dans la richesse et, surtout, à se dissoudre dans la précarité ;


à l'heure ou autant de nouvelles croisades écologiques et/ou hygiénistes tendent, consciemment ou non, à marginaliser les milieux les plus modestes d'autant qu'ils sont plus modestes ;


à l'heure ou, par le biais de la publicité et de médias aux ordres, des pans entiers de notre culture sont vidés de toute substance et, in-fine, de toute (im)pertinence ;


à l'heure ou des millions d'individus sont abandonnés à leur sort façe aux machines à broyer binaires du profit ;


à l'heure ou tout laisse présager que ces processus, si ce n'est fait déjà, vont échapper au contrôle de leurs initiateurs ;


à l'heure ou l'humanité tend à n'avoir plus grand chose d'humain ;


à l'heure ou le caractère prophétique du " 1984 „ d'Orwell apparaît dans toute sa tragique réalité.


À l'heure ou, lassé de Grands Soirs sanguinolents dont le seul résultat est de placer des tyrans à la place de tyrans, j'en appelle à l'humaine résistance.


Je vous supplie, tous, quel que soit votre niveau culturel ou social, votre tranche d'âge, votre sexe, votre race, votre environnement philosophique ou religieux, de ne pas servir de faux dieux sous prétexte que les anciens seraient morts et l'humanisme obsolète ;


de retrouver le sens critique façe aux dogmes de patasciences décrédibilisant la science ;


de retrouver le sens critique façe à la communication des multiples services de propagande, aux ordres du cynisme des puissants dans le cadre de leur quête mégalomane de domination ;


de cultiver le dialogue de préférence à la communication, refusant de la sorte le confort autiste des petites boîtes dans lesquelles les entomologistes sociaux cherchent à nous confiner ;


de cultiver la tolérance et l'attention sociales à l'égard de tous, et en particulier à l'égard de ceux dont les différences apparaissent d'autant plus intolérables qu'elles manquent de cette soumission proprette chère à nos bons maîtres ;


de réserver, très concrètement et sans rien attendre de structures désormais débordées par l'offensive des serviteurs du néant, une part de vos biens, de votre intelligence, de vos possibilités de levier, si minime soient-ils, au service d'autrui dans un esprit d'humilité ;


de réveiller votre imagination et de mettre vos capacités de toute nature au service du futur.


Car il y a un futur, que la rage destructrice des puissances d'argent annonce paradoxalement, tant il est vrai que son parallélisme avec la démence sénile saute aux yeux.


Et ce futur, même si nombre d'entre nous n'en verront sans doute pas l'aboutissement, sera ce que nous en ferons, ici et maintenant. Sans attendre.



Mab' Taran (Patrick Germain) - barde d'Arduinna

Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques
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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /2009 14:25

Est-ce parce que, à l'instar de Janus, cette fleur annonciatrice de renouveau regarde à la fois devant et derrière elle que l'usage tolère que le genre de " perce-neige „ puisse être masculin ou féminin ? Và donc pour le féminin : " la „ perce-neige, plus musical et porteur de promesses au sortir de l'hiver.



Tiens, l'hiver... La légende nous apprend que la neige, sommée par les dieux de trouver une couleur par ses propres moyens, s'adressa aux plantes et que la perce-neige - qui ne s'appelait pas encore comme ça, et pour cause - fut la seule à daigner partager ses pigments. Touchée, Dame neige promit alors à sa nouvelle amie qu'elle aurait le privilège d'être la première des fleurs à pousser la tête hors de son manteau, à l'approche du printemps. Par la même occasion, l'humble clochette y trouva son nom.


Et puisque deux précautions valent mieux qu'une, c'est encapuchonné dans une double spathe foliacée que le bouton floral de la perce-neige arrive à traverser la couche neigeuse jusqu'à émerger sous la forme d'une clochette blenche et verte qui se penchera vers le sol en s'épanouissant. Une caractéristique qu'elle partage peu ou prou avec les autres membres de la famille des amaryllidacées au nombre desquelles on trouve nivéole et autre narcisse.



Riche en nectar, la perce-neige est également annonciatrice de printemps pour les abeilles, qui y trouvent une source précoce d'alimentation. Et si elle est plutôt rare spontanément, les bulbes implantés de cette petite vivace ont toutefois conquis nombre de parcs et de jardins auxquels la perce-neige apporte sa touche florale hâtive et annonciatrice de renouveau.


Sous l'angle médicinal, la perce-neige n'apporte rien qui justifie qu'on s'y attarde. Reste que voir émerger les premières d'entre elles apporte toujours un petit coup de pouce au moral, ce qui n'est pas négligeable non plus.



Galanthus nivalis L

perce-neige, goutte de lait

wallon (?)


Sources :

" Guide des plantes sauvages „ - Sélection du Reader's Digest.

http://lejardindenanny.skynetblogs.be


Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques - Communauté : Une Ardenne, des terroirs
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