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Ca barde !

Vendredi 6 février 2009 5 06 /02 /2009 23:16
La réflexion sur son art est indissociable de la notion même d'artiste. Il n'y a pas d'artiste sans réflexion sur le sens de l'art. En ce sens l'artefact peut être, mais n'est pas implicitement de l'art. Il existe selon moi une différence nette entre l'art et la création, entre la création et la créativité.

Ceci ne sous-tend aucune hiérarchie de valeurs, qu'elles soient techniques ou intellectuelles, mais établit des distinctions : savoir de qui, et, partant, de quoi, l'on parle.

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Constatant au passage qu'il y a bel et bien réflexion sur l'acte de la part d'artistes handicapés mentaux ou de la part de “ primitifs „, la notion d'art “ spontané „ n'a, selon moi, aucun sens. D'une part parce que la notion même de spontanéité – à l'instar de celle d'objectivité - est un leurre* ; d'autre part parce que, la notion de compétition n'ayant aucun sens en matière d'art, le postulat selon lequel il existerait un art “ spontané „ et un autre établit une catégorisation qui dépasse de loin les simples critères de parenté esthétique ou technique**.

Item, la notion d'art “ différencié „ constitue un non-sens, selon moi.

Il n'y a pas trente-six formes d'art, même s'il y a trente-six mille visions de l'art : il y a l'art et d'autres choses, qui peuvent techniquement s'en rapprocher (voire même, le cas échéant, surclasser le travail de nombreux artistes), mais qui n'en sont pas.

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De même que la prostitution n'est pas l'amour, le succès ne fait pas l'artiste. L'art n'est pas une marchandise. Qu'une quelconque spéculation fasse “ monter la cote „ d'un artiste est une chose. Que l'artiste, avant même d'avoir ébauché son travail, calque sciemment sa pratique sur les canons de la spéculation en fait un faussaire.

Si, au départ de votre supposée vocation, ne se trouve aucun besoin (ou mieux, aucune envie) irrépressible de “ dire „ à travers une technique artistique, rejoignez plutôt les rangs du Propagandastaffeln : “ faites dans la pub „ ! Vous gagnerez du temps, de l'argent, une certaine reconnaissance si ce n'est une reconnaissance certaine, et, surtout,  un pouvoir inimaginable sur une majorité de vos contemporains.

Par contre, si par l'action conjuguée d'un heureux hasard et d'esthètes touchés par votre travail il vous arrive cette manière de miracle consistant à (sur)vivre de son art, mettez-vous en quête d'un cierge en cire d'abeilles de la plus grande dimension possible et priez pour que ça dure, même si vous êtes un athée convaincu. Accessoirement, je peux vous fournir mon numéro de compte en banque.

Notes

*Pour être spontané (objectif) l'acte (le jugement) devrait être posé par un extra-terrestre débarquant sur terre sans y avoir été préparé en aucune manière et alors même qu'il n'est pas encore sorti d'un véhicule totalement hermétique. Autant dire qu'il est impossible. Le foetus dans le ventre de sa mère est déjà imprégné : ni ses actes, ni ses jugements, fussent-ils infimes ébauches, ne peuvent prétendre à la spontaneité, à l'objectivité.
**L'intention de base était, sans doute, louable à défaut d'être heureuse. Mais il y a fort à parier que, conformément à la loi de grossièreté (plus communément appelée “ loi du marché „), l'étiquette serve désormais bien davantage la spéculation que la mise en valeur d'artistes particuliers ou supposés tels.
Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /2009 12:21
L'artiste n'a pas à être engagé : son art l'engage par définition. Tous les régimes totalitaires l'ont compris : que celà échappe à une majorité de démocrates reste, pour moi, un mystère.

Tiens : “ mystère „ ! Faute de pouvoir le mettre à mort, la démocratie exigerait-elle de l'artiste qu'il se mette en scène ? Pour être crédible ? À tel point que l'on finit par se demander quel temps il reste à certains pour travailler ?

La “ société du spectacle „ a fini par créer des artistes sans art. Manière subtile pour un totalitarisme qui avance masqué de museler les uns tout en “ ringardisant „ les autres !

La place de l'artiste n'est pas à la Tribune, et surtout pas dans l'Hémycicle, où il dénature ce qu'il a de meilleur à donner ! Montrer-sa-gueule-partout dénature l'essence d'une expression artistique qu'il a – en principe – choisie parce qu'elle lui permettait précisément de mieux s'exprimer, de mieux exprimer, qu'en exhibant son fier nombril et ce quand-bien même son art l'amène à être en scène devant un public.

La fonction sociale de l'artiste est de nature visionnaire, de “ voir au-delà „, aux avant-postes de la philosophie, là ou il n'y a encore rien à expliquer mais seulement des choses à “ dire „.

Il est urgent que les artistes reviennent à leurs  “ fondamentaux „ dans un monde en crise et totalement dépourvu d'imagination ! Le reste appartient à d'autres.

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Aux frontières du sensible, l'artiste est un guetteur, veilleur, un Éveilleur. L'artiste n'a pas à être un gourou.

De la même manière que les piquets enfoncés dans le sol de part et d'autre des routes du Haut-pays ardennais ne sont que les témoins de l'existence d'une de celles-ci sous le manteau de neige ou de brouillard, il n'est pas la Voie. Ni même Le Témoin de La Voie : il témoigne de l'existence d'une de ses formes à un moment, un endroit, donnés.

Il est sur la Voie, récepteur des vibrations de celle-ci qu'il retranscrit en ayant le devoir d'être éveillé, bien conscient que tout ce qu'il pourra “ dire „, étant passé par son vecteur, n'est pas ce qui Est.

S'il a un devoir social, devenant alors l'albatros “ exilé sur le sol au milieu des huées „, c'est celui de témoigner du caractère aléatoire de tout système de pensée, de la nudité fondamentale de tout roi du monde. D'être alors le fou, l'esclave qui rappelle au maître qu'il est mortel. Il n'a pas vocation à être son singe !
Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /2009 15:38
L'art ne peut pas être une simple spéculation intellectuelle, un jeu de l'esprit : ceux-ci ne peuvent, au mieux, être que des supports.

L'artiste n'a pas à justifier son acte, l'art est sa propre justification. Si l'artiste ressent le besoin, voire la nécéssité impérieuse, d'expliquer une oeuvre, c'est que celle-ci n'est pas claire en elle-même, en lui-même, et ne constitue qu'un jeu de l'esprit, si grandiose soit-il.

L'art, ou supposé tel, qui doit s'accompagner d'une notice explicative est tout ce qu'on veut : un médicament, une automobile, un jeu de stratégie, un pistolet au jambon voire une pipe, mais ce n'est pas – plus – de l'art.

L'affaire est d'autant plus comique lorsqu'il s'agit d'une oeuvre écrite.

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De la même manière que le succès ne fait pas l'artiste, l'insuccès ne fait pas le génie. À l'opposé des arènes médiatiques où l'on encense des chapeaux, il est des tombeaux où l'on encense des cerveaux dans du formol ! La ronde des chiens occupés à se sentir le cul est, il est vrai, un moyen de reconnaissance.

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L'artiste n'a pas besoin d'être reconnu pour être. La reconnaissance ne doit être qu'un “ plus „ éventuel, essentiellement destiné à rassurer le vecteur et ses inévitables blessures égotiques. Elle ne peut, en aucun cas, devenir le but de sa pratique.

En ce, j'affirme que, non, l'art n'est pas une thérapie !

La pratique – je me répète – d'une technique artistique ne fait pas l'artiste. Et s'il se peut, en l'occurrence, que la pratique thérapeuthique d'une technique artistique ait précédé celle de l'art, rester à ce niveau équivaut à clamer le caractère éminement fondamental pour le devenir de l'humanité de son nombril !

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En ce sens, l'artiste n'est pas ce qu'il “ dit „, il est ce qu'il “ voit „ et qui est incommuniquable en tant que tel. Il est – je me répète à nouveau, signe qu'il va être temps pour moi d'arrêter ce cycle de réflexion – un vecteur et un vecteur seulement.

Vous viendrait-il à l'idée de vous placer devant un poste de radio éteint pour entendre la vacation radio d'un marin de vos amis occupé à tutoyer les alizés ? N'allez-vous pas plutôt mettre le récepteur sous tension ? Et être conscient que ce que vous entendez n'est pas la voix de votre ami, mais sa retranscription plus ou moins fidèle en fonction de la qualité du récepteur ? Et que c'est alors la nature de ces imperfections, en fonction de vos spécificités physiologiques et culturelles, qui va orienter votre choix vers tel type de récepteur, de telle marque, plutôt que vers tel autre ?

Le piège résidant précisément dans une telle absence d'imperfection, effective ou habilement suggérée, que le média donne le faux sentiment de se suffire à lui-même, d'être ce qu'il ne fait qu'interpréter.

Notre époque est “ en plein dedans „ !

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Ce constat, en ouvrant la porte à une critique des “ mass-médias „ qui n'est pas l'objet de ce cycle de réflexions, amène ce qui en constituera la conclusion : par leur présence complaisante sur des médias en perpétuelle recherche d'un bon média, de celui ou de celle qui “ passe bien „, certains artistes – à l'instar de certains philosophes - tuent ce qui est supposé être leur média en décrédibilisant totalement, aux yeux du plus grand nombre, toute forme de “ dire „ qui n'a pas reçu l'aval de la “ société du spectacle „.

Contribuent à la perpétuation de la “ trahison des clercs „ dénoncée par Benda dès le premier tiers du XXème siècle.

Ne sont pas, ne sont plus, des artistes. S'ils l'ont jamais été.
Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /2009 22:17
Il y a un peu plus de six lustres de ça, j'eus le privilège d'être l'invité d'une maisonnée possédant l'un des derniers âtres centraux d'Ardenne – et sans doute d'ailleurs – dans la hotte duquel une dizaine de personnes pouvaient trouver leurs aises, sur des bancs de pierre dont les dossiers constituaient une manière de pièce dans la pièce.

C'était, si je me souviens bien, à l'automne. Ce dont je suis certain par contre c'est que l'Ardenne était alors d'humeur maussade. Bref, il faisait un de ces temps de chien, froid et humide, qui n'incite guère à l'exaltation bucolique des promenades vespérales d'arrière-saison.

Dans quel contexte était-ce ? Nous étions un petit groupe, arrivé là – à Louveigné, ou pas bien loin – dans le cadre d'un week-end dont il ne m'étonnerait guère qu'il fût placé sous les auspices de la méditation dans la mesure où  je crois me souvenir que notre hôte était prêtre orthodoxe, copte peut-être.

Soit, peu importe, le but n'est pas tant de raviver des souvenirs déjà lointains dans une mémoire incertaine que d'en tirer matière à réflexion. Bref nous passâmes la nuit sous le tablier de l'âtre, dormant sur les bancs, à la façon des ancêtres.

La nuit fut-elle bonne ? Sans doute : il est un âge ou le confort importe peu. Celui où l'on chope ce qui fait que, plus tard, un certain confort importera. Quoi qu'il en soit, les bûches qui achevaient de se consumer indiquaient sans équivoque que l'un d'entre nous avait rechargé le feu durant la nuit.

Curieux chemin, celui d'une pensée : ce n'est qu'aujourd'hui, en me levant, qu'il m'est venu à l'esprit que celui qui avait remis du bois sur le foyer cette nuit la ne pouvait être que le plus fragile d'entre nous, au moins à ce moment. Et qu'à n'en point douter c'étaient ses prédécesseurs qui, dans les âges, avaient de la sorte évité que les plus solides sombrent dans un dernier sommeil hypothermique, trompés par leur résistance.

Et qu'il ne s'agissait là que d'un exemple parmi d'autres à l'appui d'une évidence : l'être humain, primate nu et fragile entre tous les mammifères, n'a du une bonne partie de sa survie qu'aux plus fragiles d'entre les siens. Qu'à ce fameux “ maillon faible „ dont se gargarisent  tenants et tartuffes de la thèse, crétine entre toutes, d'un supposé “ darwinisme social „ qui ne saurait par ailleurs, en rien, être darwiniste.

Allez, bonne nuit les p'tits Loups, et n'oubliez pas : “ La force du clan c'est le loup, et la force du loup, c'est le clan „

Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde ! - Communauté : Une Ardenne, des terroirs
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Vendredi 13 février 2009 5 13 /02 /2009 21:45
Je confesse au fric tout-puissant, aux psy, aux bien-pensants et à vous tous, mes frêêêêres, que j'ai péché en pensée, en parole, par action et par omission. Oui, j'ai vraiment péché :

par mes lâchetés ordinaires, qui m'ont fait hausser les épaules quand on assassinait les mots pour satisfaire les médiocres, et leur faire dire leur contraire au nom d'une démocratie vendue aux marchands de savon, sachant pourtant que tuer les mots c'est museler le sens critique en occultant des pans entiers d'une histoire qui se raconte loin des historiques mensonges ;

qui m'ont fait applaudir, tartuffe, aux lieux communs de ces élites soucieuses d'asseoir leur pouvoir en faisant accroire à des ânes que braire était de la musique et montrer son cul de l'audace ;

qui, au nom de la liberté, de l'avenir de la planète ou Dieu sait quelles certitudes prônées du haut des mêmes chaires par de nouveaux ensoutanés, m'ont fait complice d'excités qui pour avoir posé les bottes n'en restent pas moins assassins ;

qui, pour avoir la paix et jouir du statut de presque-marginal, m'ont fait montrer les dents à de vieilles comtesses quand il fallait me taire et méditer encore, tourné vers le futur et guettant ses possibles ;

et qui, redevenant peu à peu présentable, m'ont fait renier les noms de ces chiens en rupture avec lesquels naguère et d'une extrême à l'autre je mendiais un sourire en me souciant bien peu d'où il me mênerait.

Je m'accuse de tout ce qui fait qu'un humain peut ne pas être humain pour se fondre à la masse sous un quelque prénom cachant mal l'unité d'une même parresse à devenir Soi-même ; les mêmes soumissions aux mêmes génétiques de pouvoirs pathogènes désignant la santé à la même vindicte de faussement guéris, authentiques esclaves d'autant de faux élus célébrant de faux dieux servant de vrais pervers !

C'est pourquoi m'accusant de trop leur ressembler et craignant à raison de m'y complaire un jour si ce n'est fait déjà, je supplie le fric tout-puissant, les psys, les bien-pensants et vous aussi mes frêêêêres de ne rien changer et de m'oublier autant que possible. Ce qui devrait, à vrai dire et gardée la délicate hypocrisie d'une fausse humilité me rendant plus cher encore à leurs coeurs, ne poser aucun problème majeur.
Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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