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Jeudi 23 août 2007 4 23 08 2007 13:42

Taraudé par les finalités d'une société qui tend à nous maintenir dans un état d'enfance à tous niveaux, je me suis replongé dans la lecture de l'incontournable “ 1984 „ d'Orwell.

 

Car, finalement, tous ces gens qui veulent mon bien n'allaient pas sans rappeler quelque chose entrevu adolescent, entre Tonio Kröger et Wanderer kommst du nach Spa (dans le texte – chuis encore plus intelligent que j'en ai l'air... ;o) grâce à un curieux prof' d'allemand nommé Pierre Martin.

 

Imbécile de moi ! J'en étais à me poser des questions alors que tout était là, écrit, évident et sans appel. Pardonne-moi, Pierrot !

 

Or donc, à l'attention de tous mes frères et soeurs indécrottables naïfs plus ou moins dupes :

 

“- Comment un homme s'assure-t-il de son pouvoir sur un autre, Winston ?

 

Winston réfléchit :

 

- En le faisant souffrir, répondit-il.

 

- Exactement. En le faisant souffrir. L'obéissance ne suffit pas. Comment, s'il ne souffre pas, peut-on être certain qu'il obéit, non à sa volonté, mais à la vôtre ? Le pouvoir est d'infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l'esprit humain en des morceaux, que l'on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l'on a choisies. Commencez-vous à voir quel sorte de monde nous créons ? C'est exactement à l'opposé des stupides théories hédonistes qu'avaient imaginées les anciens réformateurs. Un monde de crainte, de trahison et de tourment. Un monde d'écraseurs et d'écrasés, un monde qui, au fur et à mesure qu'il s'affinera, deviendra plus impitoyable. Le progrès dans notre monde sera un progrès vers plus de souffrance. L'ancienne civilisation prétendait être fondée sur l'amour et la justice. La nôtre est fondée sur la haine. Dans notre monde, il n'y aura pas d'autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l'humiliation. Nous détruirons tout le reste, tout. „

 
Relisez, vite, “ 1984 „. Quelles que soient vos convictions politiques ou philosophiques et pourvu que vous soyez de ceux qui “ se trompent avec honnêteté „ (que les autres aillent au diable). Nous avons, tous, sans exception, à y gagner.



Hommage à Pierre Martin


Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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Jeudi 2 août 2007 4 02 08 2007 17:52

Il en ira de nous comme vont aux fontaines les embruns océans, les pluies de mille années :

usez si vous voulez de tous les artifices, tandis que je dirai notre histoire fanée,
mentons chacun son tour à qui le veut bien croire et surtout mentons nous puisqu'il faut se damner ;
mentons avec talent - la vie en parenthèses peut préserver les fruits des mensonges bien nés -
avant que sur la mousse des fontaines ruissellent les embruns océans par le temps ramenés.



Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques
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Jeudi 19 juillet 2007 4 19 07 2007 13:39

Froidmont est sous la boue. C'était prévisible, mais va faire admettre à ces ingénieurs de Bruxelles ou de Namur qu'ici c'est ici. Que l'Ardenne c'est pas le Plat Pays.

En attendant, la boue a tout ravagé par la vallée du Noir Ru, cette nuit.

À quatre, qu'ils ont débarqué ! Quatre pingouins en costard, pas contents d'être dérangés pendant les vacances par ces connards d'Ardennais qui avaient encore rêvé. Là, ça fait trois heures qu'ils courent comme des poules sans tête dans tout le village, avec le bourgmestre et le commandant des pompiers à leur cul : « pas possible, pas possible... » « événement ponctuel... » « pas possible, pas normal... » « vous comprenez, Monsieur le bourgmestre, les circonstances... » « l'érosion ».

Tiens, ça va encore être la faute des cultos, tu vas voir ! Irresponsables, les cultos ! Pas comme les petits génies qui ont asphalté quinze hectares de zone industrielle sur les Hauts de Froidmont, et tout prévu ! Cinq ans que les poissons se promènent le ventre en l'air à chaque coup de chaleur. Cinq ans que les caves sont inondées à chaque grosse pluie, et trois que le Moulin Masson est à vendre. Mais ils avaient sans doute aussi prévu que le problème se réglerait tout seul : le moulin est noyé dans deux mètres de boue, et le pignon amont sur sa panse ! Si le blanc bec à la farde Atoma répète encore une fois que : «  ce n'est pas possible », je sens que je vais lui mettre une grande main sur la gueule !

En attendant, on va se retrouver en « zone de calamités ». Ce qui veut dire qu'on va tout devoir relever à nos frais, et voir ensuite. Le grand Michaux pleure devant sa maison : « ensuite », pour lui, c'est tout vu. Deux ans qu'il est au chômage et se fait crever à faire trente-six boulots en noir pour payer les traites. Là, il est foutu. Mais ça, on s'en branle, au bureau d'études Mes Couilles, et à la dix-huitième Sous-direction des Aménagements de Mes Fesses ! Bien le diable s'il n'y a pas quelqu'un pour aller gratter dans ses comptes, en plus, au grand Michaux !

Le vieux Noirhomme l'avait bien dit : « Ils prendront tous les défauts du capitalisme et tous ceux du communisme pour nous en faire un paquet cadeau ! ». Bingo !

Maillard, lui, c'est plus saignant : depuis ce matin, il gueule qu'il va ressortir les armes du parachutage de juillet 44 de leur graisse, et aller rendre visite au Ministre. Si j'étais le corniaud à côté du blanc bec à la farde Atoma, j'arrêterais de sourire bêtement : l'an dernier, la chasse du directeur de la Compagnie Fermière des Eaux a été vidée, et trois hectares de belle futaie pourris par des éclats de grenades. Nous, on sait pas qui. Mais on se doute un peu du pourquoi : ne jamais surenchérir sur quelqu'un qui veut un terrain, surtout quand on n'est pas du coin !

Tu vois, c'est chaud, ici. Et si tu y ajoutes un paquet de bonnes femmes et de mômes hagards, crottés de la tête aux pieds, en train d'essayer de sauver ce qu'ils peuvent, tu devines que ça risque de ne pas refroidir avant un bout de temps.

Et moi ? Bah, moi, tu sais... Là-dessus, j'y vais : il me faut aller porter de la térébenthine à quelqu'un du village...


Par Patrick Germain - Publié dans : Bardiques
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Jeudi 12 juillet 2007 4 12 07 2007 23:42

Si je vous dis que le renard a chopé ma meilleure pondeuse, la nuit dernière, vous allez être quasiment unanimes à trouver ça dommage.

Où ça va diviser, c'est si j'écris : « Je vais poursuivre cette foutue charogne de renard jusque dans ses chiottes, et lui crever la panse ». Si ça se met, je risque même des emmerdes : les motifs passent, les lettres de dénonciations restent.

Par contre, si je constate, navré, qu'il y a encore beaucoup trop de conduites en plomb dans les campagnes et que ce malheureux renard ne va pas tarder à nous faire une crise de saturnisme aigu, vous voici de nouveau unanimement satisfaits. Sceptiques, peut-être, mais satisfaits.

Je déplore donc à la fois la mort de ma meilleure pondeuse, le fait qu'il y ait encore beaucoup trop de conduites en plomb dans les campagnes, et l'empoisonnement consécutif de ce malheureux renard qui avait l'air vraiment très mal en point lorsque je l'observais pacifiquement, tout à l'heure, dans mes lunettes d'approche à vision nocturne. Il va en défuncter, c'est sur.


Par Patrick Germain - Publié dans : Un peu de pédagogie
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Lundi 18 juin 2007 1 18 06 2007 17:10

Vous savez ce que c'est : il y a des jours, comme ça, ou l'on se dit qu'on aurait mieux fait de rester au lit. Qu'il ne pleuvra qu'une fois, et que tous les mous du bulbe sont de sortie rien que pour vous enquiquiner, vous et pas un autre.

Bref, ce matin il faisait un temps de chien, le lait avait profité de la nuit pour tourner et un courrier (le genre « majoré des frais : j'ai fait [enter] et ça vaut bien vingt euros en plus dans ta gueule, connard ») avait achevé de me mettre d'humeur altière lorsqu'une main anonyme fut prise d'une irrépressible envie de marteler le carreau de la cuisine avec insistance.

Je me lève et ouvre mon huis avec juste ce qu'il faut d'expression amène pour faire comprendre à l'intrus qu'il est le bienvenu. Pas de chance, le zèbre fait dans le genre « lou ravi » et, avant que j'aie eu le temps d'en placer une, le voila qui me donne du « mon frère » et des bénédictions que malgré ma vie un rien mouvementée j'ai pas mérité ça.

Le discours étant sans équivoque, je comprends très vite que j'ai à faire à un de ces nettoyeurs de karma ambulants qui font le charme de notre époque comme les rémouleurs naguère. Un dingue, quoi. Qui a lu trois bouquins de Sri machin chose et qui s'est pris l'illumination en pleine poire comme un lapin la myxomatose en cisaillant un bouquet de serpolet inscrit « pas de chance ».

Bon, d'accord, j'aurais pu déprimer sévère avec quelque chose de plus traditionnel, style paire de petites mallettes connaissez-vous-la-Bible. Là, au moins, on était dans un vrai gros délire, dans du « new-age » pur jus sentant bon la grosse soupe : un brin de catho pour pas surprendre, une pincée de protestant pour faire sérieux, une grosse poignée de bouddhisme de l'improbable véhicule pour séduire le bobo potentiel, quelques soucoupes volantes, de la psychologie « Femmes d'Aujourd'hui » pour la caution scientifique ; portez le tout à feu vif sur fond de chamanismes d'origines multiples et servez chaud. Putain, la Vérité, quand-même : qu'est-ce que c'est beau, hein ?!

Allez, ma foi, la journée étant de toute manière perdue pour le Devoir, le guignol étant plutôt sympa et Lierneux à un jet de pierre... Tiens : je m'apprêtais même à esquisser un sourire aussi inattendu que bienvenu dans cette matinée plombée.

Là-dessus, voila-t-il pas que ce brin-de-zingue m'annonce que je serai bientôt riche et célèbre. Histoire de ne pas vexer la trente-quatre millième (à ce jour, et à ma connaissance) réincarnation de Marc Aurèle, je lui glisse que je suis déjà riche d'expériences humaines et spirituelles, et que le fait d'être connu de l'Univers me comble. Mais l'autre renchérit : « Non, non, pas comme ça : vous allez devenir riche et célèbre dans ce monde. »

Autrement dit, non content de me casser les burettes avec son ésotérisme à dix balles, voila qu'il me menace, maintenant ! Riche et célèbre ! Des noix, oui ! Quand tu penses au mal de chien qu'il m'a fallu pour retrouver un semblant de sérénité en m'éloignant de ces pièges à cons, c'est pas un Nostradamus des Hautes-Fagnes qui va me renvoyer au charbon, hein ! Non mais !

Bref, soucieux de ne pas aggraver mon (cas)rma avec une histoire de meurtre, je tente de mettre fin à l'entrevue, en prétextant un rendez-vous avec les mânes d'Alexandre le Grand. Pas de chance : mon pythonisse était déjà sur le coup. Oserais-je dire que je n'ai même pas été étonné quand il a crié : « Non, pas sur la tête ! » avant de se faire virilement empoigner direction la sortie. Après tout, l'était bien voyant, non ?


Par Patrick Germain - Publié dans : Ca barde !
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