Autour de vingt pour cent

Publié le par Patrick Germain

Vingt pour cent d'augmentation ! En six mois ! Si l'autre, la, dans le poste, vient encore chanter que tout va bien, je hurle ! Ça ne changera pas grand chose, mais ça fait du bien. Non mais, tu te rends compte : vingt pour cent – et des rawèttes – d'augmentation en six mois sur le prix de l'aliment pour les poules ! Si ça continue, tu vas voir qu'on va servir les omelettes sur des plats en argent ! Et encore : deux oeufs, hein, pour ce prix la ! Pas trois !

 

Moi, je m'en fous, note bien : c'est mes poules, et c'est bon pour la santé. Si tu savais la sérénité que ces bêtes la m'apportent quand je vais m'occuper d'elles ou passer cinq minutes à les regarder vivre...

 

N'empêche, ça me gonfle ! Et pas seulement pour le tort que ça fait au monde rural, ce genre de flambée qui ne profite jamais au bûcheron, non : ça me tracasse surtout pour les gens qui sont dans la misère et qui vivent en ville.

 

'Vont manger quoi, eux, si ça continue ? Encore un peu plus de merde qui rend les mômes obèses ? Ce qui permet de les culpabiliser encore un peu plus d'être pauvres ? C'est à la mode, ça : t'es pauvre ? C'est ta faute ! Tiens, retire un peu des prisons tous ceux qui n'y sont finalement que parce qu'ils sont pauvres, tu m'en diras des nouvelles !

 

Mais ça va pas durer, qu'ils disent : on va re-va-lo-ri-ser le tra-vail ! Comment ? On cherche ! Parce que tu peux me dire ce que tu veux, mais une société dans laquelle des gens qui roupillent sur un tas de pognon s'enrichissent en faisant virer ceux qui bossent va avoir du mal à la faire passer, celle-la. Revaloriser le travail.

 

Oh, note, à moins d'être parfaitement débile c'est pas très compliqué de les voir venir. Tu veux du boulot ? Pour ne pas être un de ces salauds de profiteurs ? Tu vas en avoir. Seulement voilà : va falloir prendre ce qu'on te donne, au prix où on veut bien te le vendre, avec le sourire et en ôtant ta casquette devant Not' bon Maître qu'est bien généreux de laisser tomber juste assez de miettes pour t'empêcher de crever et ta famille avec !

 

Chez les anglo-saxons, on appelle ça des “ working-poors „. Ça fait mieux que “ lumpen-proletariat „ mais le résultat est le même. Tu seras un “ bon „ pauvre, mon fils ! Pas comme les autres, la, les fainéants ou, pire, les nantis ! Ceux qui prennent odieusement en otages ceux qui se sont laissés enculer en imaginant que ça les ferait bien voir ! Me font penser à des clebs incapables de piger que leur maître est un malade qui aime les battre, ceux-la ! Otages !

 

Attends, je te raconte un truc : quand je me suis engagé dans la fonction publique, tous ceux qui étaient “ dans le privé „ se sont foutus de ma gueule. Un “ petit joueur „, que j'étais. Pas un minable - “ avec l'intelligence que t'as... „ - mais tout juste.

 

Ben tu sais quoi ? C'est les mêmes qui me reprochent aujourd'hui de bénéficier d'une retraite ! Un “ win for life „ qu'ils appellent ça, en référence aux billets de loterie qui te permettent de gagner une rente à vie.

 

Au moment où j'ai signé mon contrat, on te disait : “ vous n'allez pas gagner beaucoup, mais votre pension c'est un salaire différé, en fait „. Donc, si je suis bien les pingouins qui veulent faire passer les fonctionnaires pour d'odieux profiteurs, il faudrait que je me sois fait plumer deux fois ? En quel honneur ? Prime à la connerie ? Pour ne pas qu'ils se sentent trop ridicules ?

 

Allez va, je vais encore me faire mal voir, et attraper des maux de tête pour rien du tout. N'empêche !

 

Et avec le prix du grain qui augmente, 'va falloir s'accrocher. Parce que ça n'ira pas mieux l'an prochain, et que même si ça va mieux les prix ne seront pas diminués pour autant et ça ne profitera toujours pas davantage aux producteurs.

 

Quant à ton potager, s'il ne fait pas un hectare, et si t'as pas cent poules, ben ça va te coûter nonos ! Allez va, laisse-toi faire et bouffe ce qu'on veut bien te faire bouffer : c'est plus hygiénique, qu'on te dit, et pas tellement plus cher. T'as compté tes heures ? Ah, tu vois !

 

Ouaip. Ben allez vous faire foutre ! Et surtout, dans dix ans, ne venez surtout pas me dire que je suis un odieux privilégié d'avoir de quoi bouffer sainement sans devoir baisser mon froc, hein ! L'aurez voulu, votre “ développement durable „, 'faudra pas venir faire chier ceux qui auront misé sur une “ régression profitable „, ok ?!

 

Vingt pour cent d'augmentation ! Putain ! Me feraient démancher, ces pignoufs !



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Publié dans Ca barde !

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