Considérations sur l'art en général (3/3)

Publié le par Patrick Germain

L'art ne peut pas être une simple spéculation intellectuelle, un jeu de l'esprit : ceux-ci ne peuvent, au mieux, être que des supports.

L'artiste n'a pas à justifier son acte, l'art est sa propre justification. Si l'artiste ressent le besoin, voire la nécéssité impérieuse, d'expliquer une oeuvre, c'est que celle-ci n'est pas claire en elle-même, en lui-même, et ne constitue qu'un jeu de l'esprit, si grandiose soit-il.

L'art, ou supposé tel, qui doit s'accompagner d'une notice explicative est tout ce qu'on veut : un médicament, une automobile, un jeu de stratégie, un pistolet au jambon voire une pipe, mais ce n'est pas – plus – de l'art.

L'affaire est d'autant plus comique lorsqu'il s'agit d'une oeuvre écrite.

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De la même manière que le succès ne fait pas l'artiste, l'insuccès ne fait pas le génie. À l'opposé des arènes médiatiques où l'on encense des chapeaux, il est des tombeaux où l'on encense des cerveaux dans du formol ! La ronde des chiens occupés à se sentir le cul est, il est vrai, un moyen de reconnaissance.

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L'artiste n'a pas besoin d'être reconnu pour être. La reconnaissance ne doit être qu'un “ plus „ éventuel, essentiellement destiné à rassurer le vecteur et ses inévitables blessures égotiques. Elle ne peut, en aucun cas, devenir le but de sa pratique.

En ce, j'affirme que, non, l'art n'est pas une thérapie !

La pratique – je me répète – d'une technique artistique ne fait pas l'artiste. Et s'il se peut, en l'occurrence, que la pratique thérapeuthique d'une technique artistique ait précédé celle de l'art, rester à ce niveau équivaut à clamer le caractère éminement fondamental pour le devenir de l'humanité de son nombril !

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En ce sens, l'artiste n'est pas ce qu'il “ dit „, il est ce qu'il “ voit „ et qui est incommuniquable en tant que tel. Il est – je me répète à nouveau, signe qu'il va être temps pour moi d'arrêter ce cycle de réflexion – un vecteur et un vecteur seulement.

Vous viendrait-il à l'idée de vous placer devant un poste de radio éteint pour entendre la vacation radio d'un marin de vos amis occupé à tutoyer les alizés ? N'allez-vous pas plutôt mettre le récepteur sous tension ? Et être conscient que ce que vous entendez n'est pas la voix de votre ami, mais sa retranscription plus ou moins fidèle en fonction de la qualité du récepteur ? Et que c'est alors la nature de ces imperfections, en fonction de vos spécificités physiologiques et culturelles, qui va orienter votre choix vers tel type de récepteur, de telle marque, plutôt que vers tel autre ?

Le piège résidant précisément dans une telle absence d'imperfection, effective ou habilement suggérée, que le média donne le faux sentiment de se suffire à lui-même, d'être ce qu'il ne fait qu'interpréter.

Notre époque est “ en plein dedans „ !

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Ce constat, en ouvrant la porte à une critique des “ mass-médias „ qui n'est pas l'objet de ce cycle de réflexions, amène ce qui en constituera la conclusion : par leur présence complaisante sur des médias en perpétuelle recherche d'un bon média, de celui ou de celle qui “ passe bien „, certains artistes – à l'instar de certains philosophes - tuent ce qui est supposé être leur média en décrédibilisant totalement, aux yeux du plus grand nombre, toute forme de “ dire „ qui n'a pas reçu l'aval de la “ société du spectacle „.

Contribuent à la perpétuation de la “ trahison des clercs „ dénoncée par Benda dès le premier tiers du XXème siècle.

Ne sont pas, ne sont plus, des artistes. S'ils l'ont jamais été.

Publié dans Ca barde !

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