De l'âtre à l'être : méditation rétrospective

Publié le par Patrick Germain

Il y a un peu plus de six lustres de ça, j'eus le privilège d'être l'invité d'une maisonnée possédant l'un des derniers âtres centraux d'Ardenne – et sans doute d'ailleurs – dans la hotte duquel une dizaine de personnes pouvaient trouver leurs aises, sur des bancs de pierre dont les dossiers constituaient une manière de pièce dans la pièce.

C'était, si je me souviens bien, à l'automne. Ce dont je suis certain par contre c'est que l'Ardenne était alors d'humeur maussade. Bref, il faisait un de ces temps de chien, froid et humide, qui n'incite guère à l'exaltation bucolique des promenades vespérales d'arrière-saison.

Dans quel contexte était-ce ? Nous étions un petit groupe, arrivé là – à Louveigné, ou pas bien loin – dans le cadre d'un week-end dont il ne m'étonnerait guère qu'il fût placé sous les auspices de la méditation dans la mesure où  je crois me souvenir que notre hôte était prêtre orthodoxe, copte peut-être.

Soit, peu importe, le but n'est pas tant de raviver des souvenirs déjà lointains dans une mémoire incertaine que d'en tirer matière à réflexion. Bref nous passâmes la nuit sous le tablier de l'âtre, dormant sur les bancs, à la façon des ancêtres.

La nuit fut-elle bonne ? Sans doute : il est un âge ou le confort importe peu. Celui où l'on chope ce qui fait que, plus tard, un certain confort importera. Quoi qu'il en soit, les bûches qui achevaient de se consumer indiquaient sans équivoque que l'un d'entre nous avait rechargé le feu durant la nuit.

Curieux chemin, celui d'une pensée : ce n'est qu'aujourd'hui, en me levant, qu'il m'est venu à l'esprit que celui qui avait remis du bois sur le foyer cette nuit la ne pouvait être que le plus fragile d'entre nous, au moins à ce moment. Et qu'à n'en point douter c'étaient ses prédécesseurs qui, dans les âges, avaient de la sorte évité que les plus solides sombrent dans un dernier sommeil hypothermique, trompés par leur résistance.

Et qu'il ne s'agissait là que d'un exemple parmi d'autres à l'appui d'une évidence : l'être humain, primate nu et fragile entre tous les mammifères, n'a du une bonne partie de sa survie qu'aux plus fragiles d'entre les siens. Qu'à ce fameux “ maillon faible „ dont se gargarisent  tenants et tartuffes de la thèse, crétine entre toutes, d'un supposé “ darwinisme social „ qui ne saurait par ailleurs, en rien, être darwiniste.

Allez, bonne nuit les p'tits Loups, et n'oubliez pas : “ La force du clan c'est le loup, et la force du loup, c'est le clan „

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