Quel(s) dieu(x) l'on sert...

Publié le par Patrick Germain

Chers amis,


j'entendais l'autre jour à la radio que le gouvernement britannique avait dans ses cartons une proposition de taxe sur le chocolat, d'une nature similaire à celle frappant le tabac et visant à combattre l'obésité galoppante des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté.


Suivait un exposé des motifs invoqués, et, cerise sur le gâteau, le constat qu'un nombre croissant de médecins et chirurgiens britanniques refusaient désormais purement et simplement de soigner les obèses.


Cette dernière information, pour lacunaire qu'elle soit, ne m'étonnait guère puisque, voici quelques années déjà, il m'avait été donné de surprendre les paroles d'un chirurgien stagiaire qui, devant les infirmières du service de gastro-entérologie au CHU de Liège, déclarait péremptoirement, je cite de mémoire : " (qu'il) ne perdrait jamais son temps à travailler dans un service où 80 % des malades arrivaient par leur faute „.


Ce sinistre crétin, hélas, n'était jamais que le héraut pitoyable d'un hygiénisme désormais érigé en religion et qui, comme toutes les religions, a besoin de victimes expiatoires.


Alcoolique abstinent depuis quelques 24 heures déjà, je pourrais vous raconter par le détail ce que signifie la descente aux enfers consécutive à l'action de cette terrible maladie reconnue comme telle par l'OMS. Et vous dire qu'à ce sujet aussi, on assiste désormais au grand retour d'un ostracisme basé sur l'ignorance : on ne soigne pas des tarés.


La question n'est pas de savoir si le tabagisme, l'alcoolisme ou l'obésité posent problème et sont nuisibles à la santé. Il faudrait être idiot pour affirmer le contraire, quand même tout n'est pas aussi manichéen en la matière que d'aucuns voudraient le faire accroire.


La question est de savoir quels sont les - bons - moyens à mettre en œuvre pour lutter contre ces maladies et non pas contre les personnes qui en sont atteintes. En cette dernière matière, le régime nazi avait recours a des méthodes radicales dont on est en droit de se demander si elles ne constituent pas le phantasme suprême de certains de nos contemporains.


La question est de savoir jusqu'où l'intérêt général a le droit d'intervenir dans la sphère privée. Car cessera-t-on un jour de soigner les voyageurs atteints de maladies tropicales au prétexte qu'ils ont choisi de se rendre dans un pays à risque ?


La question est, surtout, de savoir quel dieu l'on sert et, partant, quelles couches de la société l'on vise. Gageons, par exemple, que la réaction de ce très cher stagiaire désormais chirurgien sans doute, sera passablement moins virulente façe à un foie d'alcoolique escorté par un généreux compte en banque que devant celui d'un clochard. Et la profession médicale n'est pas seule concernée.


Sous prétexte de lutter contre la surpopulation carcérale, notre pays va voir fleurir plusieurs nouveaux établissements pénitentiaires. Je dis " prétexte „ car toute personne ayant en quelque manière eu contact avec ce milieu sait que les prisons sont faites pour être remplies au-delà de leurs capacités d'accueil.


Puissions-nous, par la faute d'une perversion commune a bien des idées généreuses, ne pas nous rendre coupables d'une intolérance dont la conséquence ultime serait de ne laisser aux plus démunis que l'alternative de crever en silence ou de finir en prison.


Puissions-nous demeurer des hommes et des femmes dignes, conscients de nos propres lacunes et généreux envers autrui sans exiger au préalable qu'il ressemble au modèle de perfection que nous serions sensés être.


Puissions-nous, mes amis, rester humains. Tout simplement.

Publié dans Ca barde !

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gg 26/03/2009 12:32

Bien agréable de te lire à nouveau !