Un blogue, des courriels etc.

Publié le par Patrick Germain

La chose est entendue : à tout point de vue, le web est un média vivant. Avec ses qualités, et ses défauts. C’est aussi une technologie, une technique, nouvelle. Avec son jargon. Et là, je coince.

Car si le fait de jargonner n’est pas neuf  - il est même la chose la plus commune qu’un groupe d’humains initié dans l’un ou l’autre domaine s’empresse de mettre sur pied  - le jargonautisme, avec son anglomanie envahissante possède un talent certain pour faire grimper aux murs le francophone reconnaissant que je suis.

Autrement dit, les « blogs », « mails » et autres « bites » m’échauffent la bile. Et ce n’est rien de le dire.

Car le propre d’une langue vivante – et le français, jusqu’à preuve du contraire, en est une – est de s’approprier un terme exogène pour lui donner ensuite une forme correspondant mieux à sa structure, sa musicalité etc. Bref, à son originalité. Les anglophones ne s’en sont pas privés, au cours des siècles.

Or là, sur notre toile bien aimée, seuls nos cousins du Québec semblent décidés à faire de la résistance. Non point de cette résistance en habits verts dûment encoupolés avant momification, qui le plus souvent procède par rallonges et dissonances, non : d’une résistance belle, qui enrichit la langue en la faisant chanter.

Ce n’est sans doute pas un hasard. Ceux-là savent depuis longtemps qu’une langue vaut d’être défendue. Tant par principe que, surtout, parce que les mots – aucun mot – ne sont pas innocents. Tout langage induit une tournure d’esprit, une manière d’envisager les choses en les formulant.

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas ici de donner dans l’anti-anglophonie primaire, voire l’anti-étatsunisme bête et brutal. Il s’agit, simplement, de mettre en garde vis-à-vis d’un snobisme jargonnant qui passe à côté d’un réel enrichissement de la langue française.

Prenez le temps d’une simple expérience, en répétant après moi – toi aussi, là… oui, toi – « mail, mail, mail, courriel, courriel ».

Alors ? L’est pas beau, ce « courriel » ? Moins efficace ? Mais dis donc, crâne de piaf, ta vie ne vaut-elle que par son efficacité ? Mise là-dessus, va, mais ne viens pas te plaindre lorsque, vampirisé d’avoir été efficace et viré par « mail », tu te retrouveras seul devant tes questions avec un langage de chimpanzé qui te mènera droit aux solutions simplistes qui font les lendemains qui chantent devant les tribunes d’horreur du parti unique !

Ce « courriel »… on en mangerait ! Et ce « blogue » ? Il ne sonne pas bien, ce « blogue », au contraire de ce « blog », qui tombe comme un bloc exprimant bien mal la fluidité de l’outil qu’il est sensé décrire ? Et « amorçage », voire tout simplement « démarrage », en lieu et place de « boot » ?

De tels exemples, il en est des tonnes que le site « jargon français » vers lequel j’ai créé un lien, aborde. Je ne m’étendrai donc pas. Mais, sacristie, faites un effort, promis ?

Dans le prochain article de cette rubrique, j’aborderai le « cent »… avec l’accent liégeois ou provençal, c’est carrément « massacre à la tronçonneuse » !

Publié dans Ca barde !

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