Perséides et connaissance

Publié le par Patrick Germain

Chaque été, aux alentours de la mi-août, la terre traverse un nuage de poussières abandonné dans l'espace par la comète Swift-Tuttle : les Perséides, dont la découverte est attribuée à Quételet, le fondateur de l'observatoire de Bruxelles.

Ces poussières - de la taille d'un grain de sable - s'enflamment au contact de l'atmosphère, et donnent naissance au phénomène des étoiles filantes.

Célèbres et / parce que spectaculaires, la tradition désigne les Perséides sous le vocable de : "Larmes de Saint Laurent". Cette année, l'apothéose de l'essaim (estimée à 60 phénomènes visibles/heure) aura lieu les 11 et 12 août. Un spectacle gratuit à ne pas manquer, pourvu que le ciel soit dégagé.


Pourquoi je vous parle de ça ? Outre que tout ce qui se passe "là-haut" (tout est relatif) m'intéresse, parce que c'est une conversation avec un astronome qui m'a naguère réconcilié avec - certains - scientifiques.

En bref, fasciné par l'observation d'une "boule de feu" comme je n'en verrai peut-être jamais plus dans le ciel nocturne, et bien décidé d'en savoir plus à son sujet, je m'étais adressé à l'observatoire d'Uccle. Mes méditations rêveuses, pensais-je, allaient en prendre un coup. Mais tant pis : il me fallait savoir, précisément, de quel phénomène j'avais été témoin.

Et la, surprise ! Outre qu'il m'apprend que cette "boule de feu" provient de l'essaim des Virginides - ce qui est déjà une poésie en soi - observé sous un angle particulièrement favorable, voila mon astronome dûment patenté emporté par l'élan. Et de me décrire, avec autant de simplicité que de sensibilité, comètes, essaims et autres poussières d'étoiles dans un contexte d'universalité qui n'a pas été sans percuter du côté du plexus.

Bref, un scientifique avait réussi à me faire passer un petit bout de sa connaissance, de sa passion, sans me les briser menu au bout de vingt secondes. Un miracle, pensais-je, traumatisé encore par des heures d'hébétude torturée face aux équations et autres vacharderies matheuses menant droit aux vacances fichues, avec crochet (du gauche) par le commentaire assassin dans le petit rectangle ad hoc du bulletin scolaire.

Voire. Car depuis, il m'est apparu que beaucoup de scientifiques - mais ne vaudrait-il pas mieux, en l'occurrence, parler de chercheurs - savaient, et voulaient, partager avec passion et simplicité. Ça va relativement loin, puisque l'occasion m'a été donnée ensuite, par le biais d'un d'entre eux, d'aborder aux rivages quantiques sans m'enfuir en hurlant. Etonnant, non ? Eût dit le Bienheureux Desproges.

Accessoirement, il m'est revenu que nombre de ces chercheurs rencontraient des difficultés similaires à celles des bardes et autres individus en quête d'absolu, en matière de vie courante. Voila qui rassure, à l'heure de remplir formulaires et autres servitudes dévoreuses d'énergie : au tribunal des "mais comment est-il possible que...", il y a du beau monde sur le banc des accusés.

Soit. Qu'en déduire ? Qu'en cette matière comme en toute autre, les uns sont partageurs, d'autres pas. Que ces derniers sont rarement des flèches, tant humainement qu'en leur domaine de connaissance ; même si je veux bien entendre que tous ne sont pas égaux devant la communication, et que tout ne doit pas être délivré à tous n'importe comment et n'importe quand.

Mais tant il est vrai que c'est de l'ignorance, et de l'ignorance seulement, que l'être humain doit être délivré, cette parfois nécessaire prudence n'excusera jamais la rétention hautaine dont certains font preuve, abrités par l'aridité des jargons.

Manière, sans doute, de conserver cette forme de pouvoir que confère le savoir. Et tout pouvoir rend fou, et tout pouvoir corrompt, si l'on est dupe.

Mon astronome, lui, se foutait de tout ça : il voulait partager. Ce faisant, il m'en a sans doute appris autant sur moi-même que sur les étoiles. Qu'il en soit remercié, et  ses semblables avec lui.


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