Les Experts (Goronne) (saison 1/2) : Sam à poêle (part 2)

Publié le par Patrick Germain

[Résumé des épisodes précédents]
Tandis que Jane trompe Tarzan avec un bantou hermaphrodite et que, dans une vallée du Tyrol, le Génie des Alpages fait du tourisme intelligent ; Olivier Vandernooit de Clareghem de Villa-la-Rosa y Ibanez épouse Thérèsa Houatumy-li-Chieng en grandes pompes (du « 47 »). Le ciel est couvert de neige, au loin, déjà les canons tonnent et la Madelon  séduit trois capitaines, avec ses sabots – dondaine – oh, oh, oh, hisse hisse et ho (ôôôôôô). À Angkor, au troisième bonze il sera exactement onze heures, huit minutes et vingt secondes.

[Tadaaaaaaam ! (musique de fond et surround)]

Foucault ne pouvait pas savoir que Minga avait horreur des émissions de télé débiles, surtout quand leur présentateur et sa bande débarquaient sans prévenir au moment précis ou il s'apprêtait à passer la cinquième : avant que le maroufle ait eu le temps d'en placer une, le canari lui en avait mis deux. Dans la gueule.

Bozo le Clown s'apprêtait dérouiller sévère lorsque Sam se mit à brailler "La chevauchée des Walkyries" en dodelinant sauvagement de la tête, ce qui eut l'art d'émouvoir le nain de jardin et les soixante douze membres virils de l'harmonie des Joyeux Confrères de Sainte-Marguerite-sur-Loiret lesquels, après avoir    astiqué leurs instruments respectifs, tombèrent sur le poil ras des robocops toujours au garde-à-vous. Le barouf, fait-il le préciser, fut sanglant.

Minga, interdit, en avait presque oublié de maxauder l'autre andouille. Il allait joyeusement se remettre à l'ouvrage lorsqu'il aperçut la poêle à frire occupée à ahaner sous les coups de boutoirs de son cousin Albert, qui avait pénétré en douce. Le salaud ! Pas à dire : depuis qu'il avait passé son permis de conduire à Marche-en-Famenne, celui-la, il prenait ses aises.

« Vous avez dit : « Marche-en-Famenne » ? », gémit Sam Ouatsinthegame entre deux paliers de décompression. « Moi ? » fit Minga. « Vous », répondit Sam. « Moi ? » refit le canari, ce qui est bien normal pour un fringant fringillidé.

« Vous. Ou, en tout cas, vous l'avez pensé : j'ai appris l'art de la télépathie par correspondance en deuxième année de droit, avec un Mongh ».

Le sang de Philémon Lakaye - qui observait tout ça d'en-dessous – ne (re)fit qu'un tour : « Tu as bien dit un Mongh ? », tonna-t-il. « Moi? » fit Minga. « Non, pas toi, toi », poursuivit Philémon en pinçant cruellement la fesse gauche de Sam.

« Damned, je suis faite ! » laissa tomber la belle enquêtrice.

Elle était faite, en effet : cinq ans plus tôt, alors qu'elle végétait en compagnie d'un montreur d'ours sénégalais dont l'élevage de poêles à frire périclitait, elle avait rencontré Albert. Désoeuvré, le cousin de Minga errait de bar en bar à la recherche de Madeleine Proust, un amour de cygne. Le courant, expliquait-elle en substance, avait passé. Naturalisé, mais pas empaillé pour autant, Albert avait repris du poil de la bête et deux fois de la choucroute avant de suivre Sam aux États-Unis.

« Et alors ? » grogna Philémon. « Et alors? » fit Minga en écho. Foucault se prit un pruneau de Colt 45 entre les deux yeux avant d'avoir eu le temps de bredouiller « Zorro est arrivé » : Minga détestait Henri Salvador, et plus encore les gens qui se foutaient de sa gueule.

Sam, tout en dégageant d'une pichenette un bout de cervelle égaré, poursuivait : à peine arrivés aux States, Albert avait pris la poudre d'escampette en compagnie d'une poêle a frire importée en fraude dans ses bagages. Elle s'en serait remise, si un flic gay de la direction du Bronx (tout de suite après le croisement avec la first avenue, y'a pas de quoi) ne l'avait emmenée dans un restaurant végétarien tenu par un baptiste devenu fou suite à l'ingestion de chicons au gratin génétiquement modifiés. Sam avait flairé l'embrouille, et aiguillé son confrère, son père, sa mère et ses soeurs sur la piste bidon des Trois Monghs.

La suite allait de soi. Elle avait retrouvé Albert, qui s'était recyclé dans l'agression à la poêle à frire par dépit amoureux. Complice du canari belgo-sénégalais, elle avait passé son temps à effacer ses traces. Si bien (virgule) qu'elle les avait perdues. D'où son entrée en fanfare dans le deux pièces cuisine où elle savait trouver le cousin Minga, grâce au pistage des courriels que celui-ci envoyait de par le monde à l'aide d'un logiciel de messagerie merdique bidouillé du côté de Redmond.
*****
Songeur, Philémon Lakaye regardait à présent le commissaire Moulin enfourner une frêle silhouette féminine dans le coffre de son scooter de service. « Ainsi va la vie », fit-il en se retournant vers Sam, qui faisait disparaître les derniers reliefs du plat de chicon au gratin qu'ils avaient fait avaler de force à la femme du concierge dorénavant estampillée flic états-unien corrompu.

De fait, la nuit avait été longue à devenir demain. Qui était un autre jour, ainsi qu'en témoignait le troisième top de minuit pile martelé par Minga sur la table du salon avec le concours presque spontané de la tête d'un bonze, de passage à l'occasion des funérailles d'Albert, mort d'une crise aigüe de saturnisme à laquelle le Colt de son cousin n'était pas étranger.

[Ne manquez pas le prochain épisode, où Philémon, Sam et Minga – Les Experts à Goronne – découvrent Lou Reed en train de chanter « Le Petit Bonhomme en Mousse » dans une chambre d'hôte, du côté de Wellin.]

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