Du couatchingue

Publié le par Patrick Germain

J'aime bien la radio. Awè, dj'inme co ben ! D'abord parce que c'est une compagnie peu envahissante dans mon antre, et qu'avec son oeil vert (elle a pas loin de 50 ans) mon poste exhale des parfums d'enfance. Dans les années '60 et jusqu'à sa mort, mon grand' père écoutait « l'INR so l'TSF » : prononcez « l'îènnère so l'téhèssèffe », décryptez « l'institut national de radiodiffusion – ancêtre de la RTBf – sur le poste de téléphonie sans fil », et notez au passage que le Web, contrairement à ce que pense Kevin, n'a pas inventé les acronymes.

Un autre de ses avantages est de percuter sélectivement les zones réactives du cerveau au moyen de mots-clefs.

Pour ce qui me concerne, il en va ainsi de l'ineffable « coaching », avec ses variantes.

Je zonais donc paisiblement sur la Toile, ce matin, lorsque ma légendaire vigilance fut mise en alerte par le « mot » dont question, prononcé goulûment par un primate dont le discours tournait invariablement autour de la notion éminemment géométrisable de « vainqueur ».

Inutile de préciser que cette manière de crétin m'amuse au plus haut point. Celui-la était du genre sublime, accédant au pinacle des trous-du-cul maison par ce summum de la phrase qu'elle est belle : « Mais bien sur, il faut se méfier des charlatans ».

J'en déduis donc que les charlatans c'est les autres. Et que le marchand de poneys en question reconnaît implicitement que sa pratique relève de la fiabilité au même titre que l'astrologie et autres marcs de café lorsqu'ils sont pratiqués par des individus confondant les buts et les moyens. Points communs : ça rapporte, le sujet fait tout le travail, et si d'aventure il lui vient à l'idée de vous reprocher quelque erreur d'aiguillage rien n'est plus simple que le double salto arrière sans les mains consistant à lui faire admettre que ce qui est exact à 16 heures 10 ne l'est plus forcément au troisième top suivant. Ça et « mon cul sur la commode »...

Le hic, c'est que je ne suis pas convaincu que les mêmes mécanismes de défiance, plus ou moins conscients, qui se mettent en éveil lors d'une rencontre avec Madame Irma fonctionnent de la même manière dès lors qu'il s'agit du « couatchingue », phénomène d'époque prosélytiquement médiatisé par des drogués en short.

J'aimerais connaître la définition précise du « vainqueur » selon ce genre de gourou. Car s'il est peu ou prou question d'écraser sans  remords la gueule de son concurrent, de celui qui met en péril notre bien connue et bien naturelle  suprématie, le doute m'habite. Tant il est vrai qu'il s'agit moins, en l'espèce, de valoriser le meilleur que de mettre en branle les mêmes ressorts que ceux ayant conduit Giordano Bruno au bûcher.

C'est grâce à de tels fumistes, surfant allègrement sur la notion usurpée de darwinisme social, que la « race des saigneurs » a encore de beaux jours devant elle.

Plus grave : c'est à cause de ce type d'enfoiré que le sujet se retrouve un jour le bec dans l'eau. Car la vie et les ressorts de l'inconscient sont éminemment plus complexes que ce que les tenants du manichéisme veulent faire accroire. L'effet « rebond » attend son heure.

Rien de ce qui est induit, par quelque moyen, ne peut être assimilé si l'individu ne le porte au préalable en lui. C'est à ce point vrai qu'un des domaines particulièrement actifs de la neurologie vise précisément à inhiber les mécanismes de rejet au même titre qu'ils sont contrés lors de greffes organiques.

Proposition : plutôt que balancer l'argent et, parallèlement, toutes les richesses de notre intériorité par les fenêtres, serait-il débile de préconiser le « connais-toi toi-même... » et sa corollaire exigence de travail personnel ?

Mais, bien sur, s'il s'agit mois de se connaître qu'apprendre vite fait bien fait - et baissant son froc en croyant baisser celui des autres - à faire plaisir à un sociopathe galonné plus ou moins identifié au père tout-puissant ; s'il s'agit moins, en fait, de s'élever qu'être dressé ; alors, certes...

Publié dans Ca barde !

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