Le myosotis : ne l'oubliez pas

Publié le par Patrick Germain

Allez donc passer à côté d’un buisson de myosotis sans vous arrêter, touché par le message mélancolique qui s’y rattache : « Ne m’oubliez pas ! ».


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Des champs, ou des marais ? Les botanistes passionnés qui consulteront cet article parviendront sans doute à trancher, au vu des photos. Moi pas : la variation nette de teinte au sein d’une même touffe semble ne rien prouver.

Reste une petite merveille de broderie sur l’écrin vert qui lui va si bien, et dont le béotien moyen connaît, au moins, la signification : « Vergiess mein nicht – Ne m’oubliez pas !». En allemand dans le texte, jusques et y compris dans celui d’une chanson de Brassens. Allez, tous en chœur : « Raconte, oncle Pat… ».

 

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Or donc la geste dit qu’un jour, dans l’Allemagne médiévale, un chevalier et sa Dame se promenant le long du Rhin croisèrent une touffe de myosotis. Le chevalier se pencha pour cueillir une fleur à l’attention de sa compagne. On savait vivre, en ces temps là. Et mourir, aussi : l’infortuné se pencha si fort, pour cueillir la plus belle des fleurs, qu’il tomba à l’eau. Avant de disparaître dans le flot tumultueux, il eut le temps de lancer la fleur à sa Dame en lui criant : « Vergiess mein nicht ! ».

Moins mélancolique, la légende persane rapporte pour sa part qu’un ange, s’étant amouraché d’une mortelle, fut chassé du paradis et dut, pour sa peine, semer le myosotis aux quatre coins du monde. Une fois sa tâche accomplie, il revint avec sa compagne couronnée des mêmes fleurs dont ils avaient émaillé la terre et retrouva près d’elle, devenue immortelle à son tour, la paix éternelle.

 

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Quoi qu’il en soit - « ne m’oubliez pas » ou « soyez-moi fidèle » - cette délicate borraginacée qui se décline en une bonne dizaine d’espèces et quelques hybridations bonnes pour le teint, a su toucher les cœurs purs sur tous les horizons de la planète. Les autres, on s’en fout !

Sous l’angle médicinal, le myosotis passa longtemps pour être un antidote au venin des serpents et des scorpions. Une vertu douteuse, due à la « théorie des signatures ».

Mais il est bel et bien utile, séché, comme succédané du mélilot contre l’inflammation des yeux. Dans les années 1960, le professeur Binet – doyen de la faculté de médecine de Paris – l’a recommandé comme anti-asthénique efficace dans les manifestations fonctionnelles d’atonie, en raison de sa richesse en sels de potassium. Voila qui est bel et bon, donc.


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Notes :

Myosotis arvensis L. – Myosotis scorpioides L.

Ne m’oubliez pas, regardez-moi, scorpione, gromillet

Wallon : orèye di soris, oûy d'andge

Sources :

« Guide des plantes sauvages » et « Secrets et vertus des plantes médicinales » - Sélection du Reader’s Digest ;
« Le Langage des Fleurs » - Éditions du Chêne;
le Robert des synonymes.
Photos Patrick Germain (Menil - région de Lierneux - Ardenne)



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