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Déférences

Mercredi 9 août 2006
Je me suis souvent demandé (outre : "pourquoi les roses de l'été étaient arrachées par milliers...") quel texte, de quel auteur, j'emporterais sur une île déserte. Question idiote en soi, me disais-je alors fort à propos, puisque nous sommes tous des îles désertes voguant plus ou moins de concert sur le magma du temps qui passe.

Il s'agit donc, CQFD, de savoir quel texte m'imprègne le plus, ici et maintenant, en déduisais-je dans un élan de logique qui m’impressionne encore.

Or donc, si c'était un bouquin ? Sans nul doute serait-ce "Le Hussard sur le toit" (de Jean Giono, oui). Et je jouerais mon joker, feintant comme une bête, en citant "Jonathan Livingston le Goéland" pour livre de chevet. Ce qui n'est pas la même chose, convenez-en,  en empruntant les chemins de ma mauvaise foi bonnecausale. De la poésie, je retiendrais l'oeuvre de Paul Eluard. Dans la Pléiade, bien entendu.

Mais s'il ne m'était donné de n'emporter qu'un texte, un seul, ce serait celui-ci :

La mémoire et la mer

"La marée, je l'ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur,
de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini...
Quand la mer bergère m'appelle"

Ça décoiffe, n'est-il pas ? Rien à jeter. Pas une ligne, un mot, une rime. Rien. Alors, "art mineur" que la chanson ? Souvent, sans doute... Car c'est bien d'un texte de Léo Ferré, avec lequel je vous laisse en tête à tête, dont il s'agit.


Par Patrick Germain
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Jeudi 10 août 2006
Chaque été, aux alentours de la mi-août, la terre traverse un nuage de poussières abandonné dans l'espace par la comète Swift-Tuttle : les Perséides, dont la découverte est attribuée à Quételet, le fondateur de l'observatoire de Bruxelles.

Ces poussières - de la taille d'un grain de sable - s'enflamment au contact de l'atmosphère, et donnent naissance au phénomène des étoiles filantes.

Célèbres et / parce que spectaculaires, la tradition désigne les Perséides sous le vocable de : "Larmes de Saint Laurent". Cette année, l'apothéose de l'essaim (estimée à 60 phénomènes visibles/heure) aura lieu les 11 et 12 août. Un spectacle gratuit à ne pas manquer, pourvu que le ciel soit dégagé.


Pourquoi je vous parle de ça ? Outre que tout ce qui se passe "là-haut" (tout est relatif) m'intéresse, parce que c'est une conversation avec un astronome qui m'a naguère réconcilié avec - certains - scientifiques.

En bref, fasciné par l'observation d'une "boule de feu" comme je n'en verrai peut-être jamais plus dans le ciel nocturne, et bien décidé d'en savoir plus à son sujet, je m'étais adressé à l'observatoire d'Uccle. Mes méditations rêveuses, pensais-je, allaient en prendre un coup. Mais tant pis : il me fallait savoir, précisément, de quel phénomène j'avais été témoin.

Et la, surprise ! Outre qu'il m'apprend que cette "boule de feu" provient de l'essaim des Virginides - ce qui est déjà une poésie en soi - observé sous un angle particulièrement favorable, voila mon astronome dûment patenté emporté par l'élan. Et de me décrire, avec autant de simplicité que de sensibilité, comètes, essaims et autres poussières d'étoiles dans un contexte d'universalité qui n'a pas été sans percuter du côté du plexus.

Bref, un scientifique avait réussi à me faire passer un petit bout de sa connaissance, de sa passion, sans me les briser menu au bout de vingt secondes. Un miracle, pensais-je, traumatisé encore par des heures d'hébétude torturée face aux équations et autres vacharderies matheuses menant droit aux vacances fichues, avec crochet (du gauche) par le commentaire assassin dans le petit rectangle ad hoc du bulletin scolaire.

Voire. Car depuis, il m'est apparu que beaucoup de scientifiques - mais ne vaudrait-il pas mieux, en l'occurrence, parler de chercheurs - savaient, et voulaient, partager avec passion et simplicité. Ça va relativement loin, puisque l'occasion m'a été donnée ensuite, par le biais d'un d'entre eux, d'aborder aux rivages quantiques sans m'enfuir en hurlant. Etonnant, non ? Eût dit le Bienheureux Desproges.

Accessoirement, il m'est revenu que nombre de ces chercheurs rencontraient des difficultés similaires à celles des bardes et autres individus en quête d'absolu, en matière de vie courante. Voila qui rassure, à l'heure de remplir formulaires et autres servitudes dévoreuses d'énergie : au tribunal des "mais comment est-il possible que...", il y a du beau monde sur le banc des accusés.

Soit. Qu'en déduire ? Qu'en cette matière comme en toute autre, les uns sont partageurs, d'autres pas. Que ces derniers sont rarement des flèches, tant humainement qu'en leur domaine de connaissance ; même si je veux bien entendre que tous ne sont pas égaux devant la communication, et que tout ne doit pas être délivré à tous n'importe comment et n'importe quand.

Mais tant il est vrai que c'est de l'ignorance, et de l'ignorance seulement, que l'être humain doit être délivré, cette parfois nécessaire prudence n'excusera jamais la rétention hautaine dont certains font preuve, abrités par l'aridité des jargons.

Manière, sans doute, de conserver cette forme de pouvoir que confère le savoir. Et tout pouvoir rend fou, et tout pouvoir corrompt, si l'on est dupe.

Mon astronome, lui, se foutait de tout ça : il voulait partager. Ce faisant, il m'en a sans doute appris autant sur moi-même que sur les étoiles. Qu'il en soit remercié, et  ses semblables avec lui.


Par Patrick Germain
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Dimanche 21 janvier 2007
Veuillez accepter ma démission. Je refuse d'être membre d'un club qui m'accepte pour membre.

Comment peut-on empêcher une grosse dame de chanter quand on a oublié sa mitraillette ?

Une alliance ne protège qu'un seul doigt.

Dans chaque fournée de personnes qui vient dîner, il est raisonnable de penser que la moitié vous déteste au moins autant que la nourriture.

L'écriture du film est superbe et les acteurs d'une grande et parfaite sobriété. Je parie que les recettes de ce film en Amérique ne dépasseront pas les 300 dollars.

Tu as le cerveau d'un enfant de quatre ans. Et il a du être ravi de s'en débarrasser.

Les temps sont difficiles. À Central Park, ce sont les pigeons qui commencent à nourrir les gens.

L'ennui, avec l'amour, c'est que la plupart des gens le confondent avec un embarras gastrique. Quand la crise s'achève, ils découvrent qu'ils sont mariés à une femme qu'ils n'auraient pas souhaitée à leur pire ennemi.

J'ai passé un accord avec les mouches. Elles ne s'occupent pas de mes affaires. Moi, je ne marche pas au plafond.

Passez à mon bureau, demain à dix heures. Si mon secrétaire vous reçoit, je le renvoie.

Ne vous fiez pas aux couples qui se tiennent par la main. S'ils ne se lâchent pas c'est parce qu'ils ont peur de s'entretuer.

Je vous offrirais bien un parachute, si seulement j'étais sur qu'il ne s'ouvre pas.

Vous connaissez celle d'un type qui, sur son lit de mort, sent l'odeur d'un gâteau au café et en demande un morceau à sa femme ? Elle lui répond : « Sois raisonnable, Sam, ce sera pour après les funérailles ».

Je pense que j'ai surestimé votre intelligence. Je dis à tout le monde que vous êtes à moitié demeuré.

Je me sens aussi jeune que si j'étais né ce matin. Mais la journée à été longue.

Les gens ne mangeraient pas de caviar s'il était bon marché.

Amen


Par Patrick Germain
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Jeudi 1 février 2007
"Salut a toi barde bordélique,
toujours en train de délirer et d'inciter des petits jeunes a gâcher leur vie, non, tu n'as pas changé, et pour tout te dire ça me fait énormément plaisir".

Salut à toi, blanc-bec,

toi aussi, tu me fais bien plaisir. Cette photo, manière de carte postale : "...nous étions jeunes et larges d'épaules, bandits joyeux, insolents et drôles...". Pas trop changé, non, tu as raison. Et tu fais bien de me le rappeler.


Il n'y a que les gens qui regrettent, qui changent. Qui font semblant. Parce qu'un bourrin reste un bourrin. Et un cheval fou, un cheval fou. Ils auront beau faire. Les deux ont leurs avantages, sont utiles au cours des choses.

Ceci dit, on voit plus de bourrins vouloir devenir - trop tard - des chevaux fous, que l'inverse. Mais la folie, c'est de la noblesse qui crèche dehors par tous les temps. Ça ne s'attrape pas, ça se cultive. Ça se paie, toujours. Et cher, parfois. Les bourrins l'oublient un peu. Mais c'est si bon !

"À cause de toi et de mécréants faiseurs de sdf de ton espèce, et peut être aussi de certain penchant personnel, j'ai passé dix années terribles a vagabonder (...) Bref j'ai bien vécu et je compte bien continuer".

Ouaip. Ben sur ce coup la, tu me fais vieillir, petit con !

Tu sèmes des trucs, des graines sauvages, et puis, un jour, y'a un bleuet dans la récolte qui te fait "coucou". Solide. D'accord : t'es content. Mais tu te rends compte, aussi, que le temps a passé, lâchement, dans ton dos.

Soit. Ce n'était donc pas tout à fait du temps perdu. Et y'a des survivants.

Garde-écurie ! Ma selle, bordel ! J'ai encore des trucs à semer : des herbes folles, des bleuets dans les récoltes. Vite ! Pour que des petits morveux m'écrivent encore des trucs qui me font plaisir quand je serai, vraiment, devenu vieux. Et que je n'aurai pas changé. Parce que je ne vois pas pourquoi je changerais.

Salut. Salut à toi, affreux, à tes semblables. À celles et ceux que j'ai contribué à faire mal tourner, d'une ou l'autre manière, et que j'aime.

À mes bleuets d'amour.

Par Patrick Germain
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Vendredi 2 février 2007
Neil, je pourrais pratiquement reprendre à mon compte la bafouille que le petit graisseux m'adressait l'autre jour.

Alors, voila. Neil - for ever - Young, je te dois d'avoir sacrément foutu le boxon dans mes aiguillages, avec tes chansons à la con et ton air de dire "cause toujours...". Ça n'a pas toujours simplifié les choses (ceci est un euphémisme) : j'ai loupé quelques gares, connu pas mal de pannes en rase campagne et frôlé autant de déraillements. Mais, au fond, ça ne m'a pas trop mal réussi.

À 21 ans, tu étais un cas. À 62 balais, tu n'as pas changé. Sans doute parce que tu es sur ta route, et que tu te soucies comme d'une guigne de ce que les autres peuvent dire ou penser. Dans ton milieu - comme partout ailleurs - il y a quelques génies, pas mal d'opportunistes, et un nombre incalculable de trous-du-cul. Toi, t'es Neil Young.

Et tu sais quoi, vieux bandit ? Je t'aime !

Je t'aime parce que tu me fais du bien. Parce que tu prouves, sans chercher à prouver quoi que ce soit, que le temps qui passe n'est pas forcément une malédiction. Que les rides ne font peur qu'à ceux dont elles ne racontent rien.

Je t'aime, sans doute aussi, parce que je retrouve dans tes yeux un truc que j'aime lire dans les miens : "cause toujours..."


I Am a Child

I am a child, I'll last a while.
You can't conceive
    of the pleasure in my smile.
You hold my hand,
    rough up my hair,
It's lots of fun
    to have you there.

God gave to you,
    now, you give to me,
I'd like to know
    what you learned.
The sky is blue
    and so is the sea.
What is the color,
    when black is burned?
What is the color?

You are a man, you understand.
You pick me up
    and you lay me down again.
You make the rules,
    you say what's fair,
It's lots of fun
    to have you there.

God gave to you,
    now, you give to me,
I'd like to know
    what you learned.
The sky is blue
    and so is the sea.
What is the color,
    when black is burned?
What is the color?

I am a child, I'll last a while.
You can't conceive
    of the pleasure in my smile.
    
(c) Neil Young. A découvrir sur le légendaire double album "Live Rust" entre autres.

Par Patrick Germain
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