Au pied de la lettre
Épistolaire...
... eh pistolero...
... et puis c'drôle d'air...
... épique taulière...
... et pistolet (au jambon, je préfère)...
... épice, tôle, air...
... et puisque c'est comme ça, je me dis que la lettre, lorsqu'elle transite par les mains du facteur, c'est autre chose que de la bouillasse communiquante.
La lettre manuscrite, ça reste l'art majeur de la communication, parceque ça ne se limite pas à une simple communication. Parce qu'un courrier postal, c'est un échange en soi. L'écriture, l'encre, le papier, tout ça n'est pas anodin. Tout ça fait la différence avec le très clinique courriel. Pratique, certes, mais clinique. Peut-on imaginer un courriel qui permettrait de discerner dans quel état d'esprit a été rédigée telle séquence, à quel moment de la journée ?
Il m'arrive souvent, rien qu'en parcourant ses formes et ce qui a impressionné le papier, de precevoir la teneur d'une lettre manuscrite avant même de l'avoir lue. Ici, tel pli, tel changement dans l'agencement des jambages ; là, telle tache ; ailleurs, telle odeur, plus ou moins intense, plus ou moins volontaire ; avec, au bout du compte, tel masculin, tel féminin, à telle heure approximative de sa journée, dans telle odeur de cuisine ou de savon, de parfum plus ou moins volontairement imprégné.
Nos lettres nous racontent. Ce monde qui n'en finit pas de s'exhiber a peur de se raconter. Confusion, confusion, confusion... montrer son cul n'est pas se dire, communiquer n'est pas dialoguer.
C'est très physique, l'écriture manuscrite. Très sensuel. C'est l'animal mis en musique. C'est tout ce que cette époque n'est plus. C'est tout ce que cette époque craint. Sans doute parcequ'elle est trop grossière pour en percevoir la subtilité. Et quand-bien même : pourquoi faire dans le subtil, alors que le grossier est tellement plus rentable...
Écrivez-moi, s'il-vous-plaît, de belles lettres de temps en temps. De vraies lettres, avec du vous dedans, du vous d'encre, de papier, d'odeurs, de temps. Je vous promets d'y répondre à concurrence de la tenue de mes plumes ballon et de la réserve d'encre dans son flacon de verre translucide qui, là, aux avant-postes de l'écran, me rappelle que j'écris, aussi, pour la beauté du geste et les sensations qu'induit en moi le froissement de la plume sur le papier.
Patrick Germain
Menil 3/7
B-4990 Arbrefontaine (par Lierneux)
Ardenne
Belgique
PS : Perdre les sensations, c'est perdre le sens, c'est assister en spectateur à ce qui n'est plus qu'une projection de nous-même. On trouverait moins de conneries sur la Toile s'il les fallait, au préalable, écrire manuellement.
... eh pistolero...
... et puis c'drôle d'air...
... épique taulière...
... et pistolet (au jambon, je préfère)...
... épice, tôle, air...
... et puisque c'est comme ça, je me dis que la lettre, lorsqu'elle transite par les mains du facteur, c'est autre chose que de la bouillasse communiquante.
La lettre manuscrite, ça reste l'art majeur de la communication, parceque ça ne se limite pas à une simple communication. Parce qu'un courrier postal, c'est un échange en soi. L'écriture, l'encre, le papier, tout ça n'est pas anodin. Tout ça fait la différence avec le très clinique courriel. Pratique, certes, mais clinique. Peut-on imaginer un courriel qui permettrait de discerner dans quel état d'esprit a été rédigée telle séquence, à quel moment de la journée ?
Il m'arrive souvent, rien qu'en parcourant ses formes et ce qui a impressionné le papier, de precevoir la teneur d'une lettre manuscrite avant même de l'avoir lue. Ici, tel pli, tel changement dans l'agencement des jambages ; là, telle tache ; ailleurs, telle odeur, plus ou moins intense, plus ou moins volontaire ; avec, au bout du compte, tel masculin, tel féminin, à telle heure approximative de sa journée, dans telle odeur de cuisine ou de savon, de parfum plus ou moins volontairement imprégné.
Nos lettres nous racontent. Ce monde qui n'en finit pas de s'exhiber a peur de se raconter. Confusion, confusion, confusion... montrer son cul n'est pas se dire, communiquer n'est pas dialoguer.
C'est très physique, l'écriture manuscrite. Très sensuel. C'est l'animal mis en musique. C'est tout ce que cette époque n'est plus. C'est tout ce que cette époque craint. Sans doute parcequ'elle est trop grossière pour en percevoir la subtilité. Et quand-bien même : pourquoi faire dans le subtil, alors que le grossier est tellement plus rentable...
Écrivez-moi, s'il-vous-plaît, de belles lettres de temps en temps. De vraies lettres, avec du vous dedans, du vous d'encre, de papier, d'odeurs, de temps. Je vous promets d'y répondre à concurrence de la tenue de mes plumes ballon et de la réserve d'encre dans son flacon de verre translucide qui, là, aux avant-postes de l'écran, me rappelle que j'écris, aussi, pour la beauté du geste et les sensations qu'induit en moi le froissement de la plume sur le papier.
Patrick Germain
Menil 3/7
B-4990 Arbrefontaine (par Lierneux)
Ardenne
Belgique
PS : Perdre les sensations, c'est perdre le sens, c'est assister en spectateur à ce qui n'est plus qu'une projection de nous-même. On trouverait moins de conneries sur la Toile s'il les fallait, au préalable, écrire manuellement.
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